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Les chroniques de Montigny

Billet n° 2101

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Hommage à un Frère Franciscain

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J’ai aperçu hier, sur le fil de l’eau du plus grand réseau social de la planète, une petite photo d’un acteur allemand, quelque peu oublié aujourd’hui puisqu’il est actuellement âgé de 86 ans ; mais cet excellent acteur a eu son heure de gloire dans les années 70 en interprétant, notamment, le rôle principal d’un film tiré d’un livre racontant la véritable histoire exceptionnelle, au plan humain, d’un homme d’Eglise. Cette histoire est celle d’un franciscain qui a fait honneur à ses engagements d’homme d’Eglise, véritable serviteur et « soldat » de Dieu au sens le plus élevé du terme.

Avant de parler de ce frère franciscain, humain au-delà de la norme courante, je dois préciser que l’acteur allemand dont il est question ici a refusé de percevoir un quelconque cachet pour avoir interprété ce rôle d’envergure et cela est si rare que je me devais de le préciser avant d’aller plus loin.

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Lorsque j’ai vu la photo d’Hardy Krüger, puisque c’est de l’acteur dont il s’agit, des souvenirs se sont soudainement bousculés dans ma tête. J’ai donc revu apparaitre des photos que j’ai réalisées il y a 2 ans au cours d’un de mes reportages du côté de Saint-Mammès, une commune seine-et-marnaise, proche de Moret-sur-Loing, dans laquelle se trouve une villa qui a abrité quelque temps le frère franciscain dont il est question dans cet article. Sur le pilier droit du portail d’entrée figure une plaque souvenir commémorative que j’ai découvert et qui parle de ce franciscain. Je connaissais l’histoire de cet homme dans les grandes lignes mais j’ignorais qu’il avait vécu si près de chez moi.

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J’ai repensé avec beaucoup de respect et d’émotion à cet homme durant quelques minutes avant de réaliser les photos que vous trouverez à l’issue de cet article que je voulais et que je me devais d’écrire depuis pas mal de temps, dans le cadre du Devoir de Mémoire, du aux jeunes générations. Vous trouverez également à la fin de cet hommage des liens directs le concernant et qui racontent, par témoignages interposés, la vie de cet homme exemplaire, à plus d’un titre.

Le nom de cet homme est peu connu, sauf dans les régions françaises où il a exercé son « ministère » avec beaucoup de zèle et ce ne sont pas les personnes qui en ont bénéficié qui me démentiront puisque ces dernières, du moins celles encore en vie, lui portent une certaine forme d’admiration, de respect d’empathie et de culte en l’honneur de sa mémoire et des actions conduites par ce « moine soldat »

Ce serviteur de Dieu se nomme Alfred Stanke, de son vrai nom Aloïs-Joseph Stanke, dit de lui une biographie lui étant consacré. Il est né le 25 octobre 1904 près de Dantzig. Son père, Léonhard Staniozewski, qui avait fait germaniser son nom pour pouvoir travailler aux chemins de fer prussiens, meurt en 1913.
L’éducation du jeune Aloïs-Joseph est confiée aux Frères Franciscains. Attiré par cette famille spirituelle, il entre à 16 ans dans un institut de frères tertiaires réguliers, les « Frères hospitaliers de la Sainte-Croix ». C’est là qu’il prend le nom d’Alfred.

Et l’auteur de cette même biographie ajoute  » A Bourges, les années d’occupation auraient été différentes si un Franciscain allemand n’avait pas été affecté, comme caporal infirmier, à la prison du Bordiot. » Et ce caporal deviendra pour tous, le « Franciscain de Bourges« 

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En parcourant les articles lui étant consacré on peut lire qu’Alfred Stanke, bien qu’Allemand avait une profonde haine du nazisme, ceci explique sans doute une grande partie de ses actions au profit des prisonniers français victimes des interrogatoires de la gestapo.

Mais au début beaucoup de prisonniers de la prison du Bordiot de Bourges se méfiaient de lui car il leur paraissait inconcevable qu’un Allemand, même infirmier, puisse se conduire de manière humaine. Et cet homme, qui deviendra pour tous le « Franciscain de Bourges » redonnera l’espoir à beaucoup. Il verra passer dans les cellules du Bordiot, des hommes comme le sénateur Marcel Plaisant ou le colonel Marcel Haegelen, il fera tout pour soulager leur misère.

La biographie, consacrée par Roland Narboux à Alfred Stanke, le Franciscain de Bourges, cite également le nom de Georges Ruetsch, qui fut interprète à la préfecture. Ce dernier a beaucoup aidé le franciscain dans des démarches administratives souvent difficiles. Sa fille témoigne :

 » Mon père parlait couramment allemand. Il était d’ailleurs né en Alsace en 1911 lorsque l’Alsace n’était pas encore devenue française. Ce qui pouvait paraître équivoque à l’esprit de certains Berrichons. Ayant changé sa nationalité après le traité de Versailles, il était venu s’établir en Berry en 1936 où il s’était marié ».

Une fois embauché à la préfecture, Georges Ruetch forme avec le frère Alfred un duo très efficace.

C’est cette amitié entre Georges Ruetch et Alfred Stanke qui est à l’origine de la dernière sépulture du Franciscain de Bourges.

En effet, le franciscain parlait assez mal le français, en particulier lorsqu’il arrive à Bourges, et c’est Georges Ruetch qui fut donc interprète, qui va l’aider dans la compréhension de la langue française.

Ils étaient donc devenus amis et parmi ses dernières volontés le Franciscain de Bourges demanda à être enterré à proximité de son ami Ruetch, ce qui fut fait, ce dernier étant de Saint Doulchard où il est enterré.

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On peut lire encore, plus loin, dans la remarquable biographie de Roland Narboux un témoignage lui étant parvenu, par courrier en 2004 qui dit ce qui suit :

« C’est avec surprise que je trouve votre article sur Alfred Stanke, le franciscain qui a sauvé bien des gens des pires effets de leur séjour avec la gestapo pendant la 2e guerre mondiale. Ma tante, née Jeannette Pierry à Gracay, et son mari Gilbert Doireau, qui habitaient la région a l’époque, ont été arrêtés le jour de l’an 1943.

J’ai entendu toute mon enfance parler du fait que le frère Alfred leur a permit de se parler en prison, leur permettant de présenter un front uni aux interrogations, ou du moins suffisamment consistant. Il les a soignés après les tortures infligées par la Gestapo, leur permettant de survivre physiquement à la déportation qui a suivi. Et il les a encore plus aidés en leur permettant de se voir avant le départ, de savoir qu’ils avaient tous les deux survécu, ce qui leur a donné suffisamment d’espoir pour assurer leur survie éventuelle.

Ils sont revenus tous les deux, et ont habité a Royan le reste de leurs jours. Malheureusement, ils sont maintenant morts tous les deux, mais relativement récemment. Ma tante a passé beaucoup de temps à expliquer à tous les enfants de la famille (au moins) la différence entre un Nazi et un Allemand, à nous rappeler à tous que c’était un fasciste français qui les avait dénoncés, que c’était un allemand qui les avait principalement sauvés.

Sans parler de beaucoup d’autres encore qui avaient eu pitié d’eux plus tard et risqué leurs vies pour leur passer un peu de nourriture.
Et ma tante a réussi plus tard à retrouver M. Stanke et à organiser un voyage de réunion avec d’autres déportés.

Ca a été un privilège de ne pas grandir avec les sentiments bêtement anti-allemands qui étaient encore très en vogue dans ma jeunesse.
J’apprécie autant la chance que j’ai eue d’avoir été proche de ma tante qu’elle appréciait celle d’avoir rencontré le frère Alfred. Je voudrais donc vous remercier de l’avoir inclue dans votre histoire de Bourges.

Sa présence a été une contribution à tout ce qu’on pourrait souhaiter de mieux dans une belle ville.

Marie-Christine »

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En 1967, Marc Tolédano, ancien résistant incarcéré au Bordiot, écrivit un livre pour retracer l’action du Franciscain. Peu après, Claude Autant-Lara en fit un film qui fit connaitre à la France entière le « Franciscain de Bourges », une page de l’histoire de la guerre et de l’occupation dans le Cher, où passait la ligne de démarcation. Frère Alfred est revenu plusieurs fois à Bourges et dans la région, pour rencontrer ses amis, et il avait écrit au maire de Saint-Doulchard pour demander à être enterré dans ce cimetière près de son ami Georges Ruetsch, qui l’a aidé dans son action, et des aviateurs anglais tombés en mission. Il y repose depuis le mois de septembre 1975, après des obsèques solennelles en la cathédrale de Bourges. Sa mort fut causée par un incendie accidentel au couvent Saint-Antoine de Sélestat (Bas-Rhin) où il se trouvait, et d’où il avait été transporté à l’hôpital de Metz. Elle provoqua une grande émotion et rassembla beaucoup de personnalités et d’anonymes qui avaient tous à lui manifester leur gratitude.

Les liens entre Frère Alfred et ses amis du Berry, de la Nièvre et d’ailleurs, ne se sont pas interrompus à la mort du Franciscain. Tous les ans, ses amis se réunissent pour lui rendre hommage devant la prison, au cimetière, et au cours d’une messe en sa mémoire. En 2003, une association a été créée pour entretenir le souvenir de son action, auprès des générations qui ne l’ont pas connu. Les municipalités de Bourges et de Saint-Doulchard sont associées à cette commémoration.

Voilà donc racontée, dans le cadre du Devoir de Mémoire, la vie fort remplie d’Alfred Stanke, le « Franciscain de Bourges » un religieux qui a œuvré pour le rapprochement franco-allemand, soit dit en passant.

J’ai éprouvé bien des émotions à l’écriture de cet article, je ne vous le cache pas, mes ami(e)s.

Je tiens à remercier mon amie Angélique Haley qui m’a donné l’envie d’écrire cet article, chose que je voulais faire depuis quelque temps déjà, tout comme je remercie Hardy Krüger, le Franciscain de Bourges du film de Claude Autant-Lara.

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Mots clés de cet article :

Hardy Krüger, Claude Autant-Lara, Alfred Stanke, Le Franciscain de Bourges, Georges Ruetch, Roland Narboux, Bourges, Saint-Doulchard,

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Liens complémentaires à cet article :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Hardy_Kr%C3%BCger

http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Franciscain_de_Bourges

http://www.encyclopedie-bourges.com/franciscain.htm

http://www.berrypedia.org/doku.php?id=alpha:s:stanke_alfred

https://www.youtube.com/watch?v=iUSHURn_3eQ

Alfred Stanke

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