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Archive for the ‘Livres’ Category

Les chroniques de Montigny

Billet n° 2094

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Les rendez-vous de l’Histoire

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En lisant la bouleversante histoire de Jennifer Teege (lien en fin d’article) qui a découvert, à 38 ans que son grand-père était responsable d’un camp de concentration nazi, des images se sont bousculées dans ma tête et je me suis souvenu que j’ai rédigé, il y aura bientôt 7 ans, un article et un poème parlant des horreurs de l’holocauste.

J’offre ci-dessous ce travail que je souhaite partager avec tout le monde dans le cadre du "Devoir de Mémoire" cher encore à quelques personnes dont je fais partie. Mais je ne suis pas le seul et en écrivant ceci je pense en particulier à mon amie Sylvie Federici de Thouars qui a fait un travail remarquable il y a quelques années concernant la Grande Guerre et je la remercie encore une fois et la salue amicalement ici.

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Les rendez-vous de l’Histoire

11 février 2008 par ecrivainparisien

La chronique de Jean Claude Lataupe

Billet n° 1093

Les rendez-vous de l’Histoire

Un radieux soleil baignait de sa douce lumière et inondait de sa bienfaisante chaleur la région parisienne hier et j’ai profité de ce dimanche pour aller faire prendre l’air à mon nouveau « bureau à roulettes ». Mes pas m’ont conduit jusqu’à la « promenade plantée » surplombant en partie l’avenue Daumesnil. Je me suis assis sur un banc et j’ai regardé et observé les gens qui passaient tout en réfléchissant. Des images, d’une époque pas si lointaine, m’ont traversé l’esprit. J’ai sorti mon bloc de papier et rédigé l’œuvre honorifique que vous trouverez à la fin de cet article.

Des images suggestives émanant de « Nuit et brouillard », de « La vie est belle » de Roberto Benigni, du remarquable « Pianiste » de Roman Polanski et de la série « Holocauste » s’entremêlaient devant mes yeux alors que j’écrivais.

Des cris, des pleurs, des lanières de fouet tournoyant et claquant dans l’air, des aboiements de chiens policiers, des airs de violon jouant une « danse macabre » accompagnaient ces images d’une insoutenable réalité dont certains continuent encore aujourd’hui à nier l’existence, à commencer par un certain Le Pen ainsi que ses « lieutenants ». En agissant délibérément de la sorte ces individus répugnants ne font qu’émettre insulte et mépris suprême à l’endroit des millions de victimes de la barbarie nazie ainsi qu’à leurs descendants.

Le devoir de mémoire « m’oblige » à reparler de ces horreurs que tout un chacun doit conserver présentes à son esprit.

Il serait bien en effet que les gens n’oublient jamais que « Les fours crématoires ne sont pas un détail de l’Histoire » contrairement à ce qu’affirme, avec un culot éhonté, le sieur Le Pen, Président d’un parti « nationaliste » qui rappelle de manière effrayante un certain régime « vichyssois ».

Mon père m’expliquait, il y a fort longtemps, que les extrémismes ne sont jamais bonnes choses. Le « juste milieu » est plus raisonnable et préférable en toutes situations.

Je sais maintenant par expérience qu’il avait raison.

Le tatouage

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Elle le porte, là, gravé au poignet, signe maudit de reconnaissance

Il est hideuse plaie, mutilant sa peau, brulant son âme à l’évidence

Voilà plus de soixante années qu’elle ne peut aucunement oublier

Ce signe démoniaque lui remet en mémoire son douloureux passé.

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Ils sont partis dans ces wagons plombés vers une destination inconnue

Certains sont morts durant le voyage, beaucoup n’en sont pas revenus

Chaque jour que Dieu lui accorde est pour elle bien difficile pénitence

Elle culpabilise encore aujourd’hui dans sa trop douloureuse existence.

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Pourquoi est-elle encore là à regarder les autres de son regard usé ?

Par quel hasard une autre prenant sa place lui permit d’en réchapper ?

Ces questions ne trouveront jamais réponse en son âme tourmentée !

Elle revoit devant ses yeux l’image de ces bourreaux qui ont torturé.

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Elles s’en allaient vers la mort ces familles et tous ces enfants résignés

Elle ressentira jusqu’à la fin cette insupportable odeur de chair brulée

Elle revoit ses mains protégeant son visage pour ne pas être marquée

Elle n’a jamais oublié le fouet ni les morsures de leurs chiens policiers.

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Elle entend dans sa tête les trilles d’un violon jouant une danse qui monte

Ces notes pleurent faisant danser devant ses yeux l’étoile jaune de la honte

Elle demeure l’un des derniers témoins de cette barbarie, plaie de l’histoire

Ce tatouage sur son poignet est la preuve de cet Holocauste accusatoire.

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Cette œuvre est dédiée aux 6 millions et demi de juifs ayant péri ainsi qu’à toutes les innocentes victimes de la barbarie nazie.

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Mots clés de cet article :

Holocauste, Barbarie nazie, Camps de concentration,

Lien pointant vers l’article concernant Jennifer Teege, citée en introduction :

http://www.20minutes.fr/societe/1460135-20141013-38-ans-decouvre-grand-pere-chef-camp-nazi#xtor=EPR-182-[welcomemedia]–[article_societe]

 

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Jennifer Teege,  auteure de «Amon, mon grand-père m’aurait tuée», paru chez Plon.

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Les chroniques de Montigny

Billet n° 2046

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Jacques Brel : hommage spécial

9 octobre 1978 – 9 octobre 2013 : 35 ans déjà !

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Six pieds sous terre : il était une fois « l’Homme de la Mancha »

Il y aura 35 ans, à 4 heures 10, Jacques, Romain, Georges Brel s’éteignait à l’hôpital Avicenne de Bobigny, laissant des milliers d’admirateurs consternés et sans réactions, de par le monde, face à la disparition de l’acteur, auteur, compositeur, réalisateur et cinéaste, tout autant que skipper et pilote d’avion.

Il n’avait que 49 ans.

Il nous a laissé nombre de souvenirs heureux ainsi qu’un patrimoine culturel et artistique conséquent qui ont fait de lui un homme exceptionnel et exemplaire à plus d’un titre ; exemplaire il l’aura été au cours de sa carrière de chanteur et d’interprète tout autant que dans celle d’acteur mais aussi dans sa vie d’homme.

Jacques ne trichait pas et lorsqu’il a compris qu’il pourrait sombrer dans la facilité grâce à son talent exceptionnel de compositeur et d’interprète il a fait ses adieux ; des adieux réels et définitifs, lui permettant de se consacrer à autre chose ; à d’autres choix, à d’autres voies, à d’autres expériences comme le cinéma et la comédie musicale par exemple.

Jacques a eu la chance de pouvoir vivre quasiment tous ses rêves et s’est exprimé de manière éclatante dans tout ce qu’il a touché en allant jusqu’au bout de sa démarche, jusqu’au bout de son idée, jusqu’à la démesure parfois ; qui pourrait lui en vouloir ? Jusqu’à la déchirure même, comme il l’avait écrit et merveilleusement interprété dans « La quête ».

Jacques avait la passion qui bouillonnait en permanence au fond des veines ; c’était un puriste, un écorché vif, un perfectionniste qui écrivait ses paroles de chansons debout, dans les chambres d’hôtels qu’il occupait finalement fort peu au cours des ses nombreuses tournées annuelles puisqu’il dormait relativement peu. Il était toujours le dernier à aller se coucher ; aimant parler et découvrir les gens au cours de ses tournées mais il était également toujours le premier levé pour repartir vers d’autres destinations, d’autres aventures, d’autres succès, parfaitement mérités.

Sur scène il n’avait pas son pareil pour captiver, saisir et émouvoir son public et tous ceux qui ont eu la chance d’assister à l’un de ses récitals ne peuvent l’oublier. Jacques chantait avec sa voix si pénétrante mais aussi avec son corps, en particulier avec ses mains et avec ses bras. Jacques nous faisait vivre pleinement ses chansons ; on les voyait ses bigotes, les yeux baissés comme si Dieu dormait sous leurs chaussures et ses Vieux à la démarche hésitante qui nous ont tant ému en s’excusant déjà de n’être pas plus loin ; tout comme ces marins qui pissaient comme il pleurait, lui Jacques, sur les femmes infidèles !

Jacques était unique, tout comme l’étaient son univers et ses personnages ; des personnages qui nous ont ému, nous ont fait sourire mais aussi quelquefois nous ont fait pleurer. Jacques c’était tout à la fois Mathilde, la perfide Fanette ou bien encore Frida, belle comme un soleil, mais aussi Marieke tout autant que Madeleine. Jacques c’était quelquefois Jeff, l’ami d’infortune, ou bien encore Zangra qui, hier, trop vieux général quittait le fort de Belonzio qui domine la plaine alors que l’ennemi est là et qu’il ne sera pas héros, lui qui rêvait quelquefois d’être Vasco de Gama.

Jacques c’était tout ça à la fois et beaucoup plus encore : Jacques c’était Benjamin Ratry, docteur à Clamecy ou bien François Pignon, cet emmerdeur si attachant ou bien encore Franz, ce paumé du petit matin au grand cœur.

Jacques c’était l’ami de quelques uns mais surtout celui de Georges Pasquier, dit Jojo, un ami exceptionnel auquel il avait accordé aveuglément sa confiance et qui le lui rendait bien. Il lui avait d’ailleurs consacré un merveilleux et émouvant hommage musical après sa disparition qui l’avait beaucoup marqué mais il avait également donné le nom de ce secrétaire, dévoué au-delà de la norme courante, à son Bichcraft avec lequel il faisait le taxi ainsi que des évacuations sanitaires mais également régulièrement le facteur dans ces iles qu’il aimait tant.

Le nom de Brel est indissociable de celui de François Rauber, son pianiste, chef d’orchestre et arrangeur, de Gérard Jouannest, son accompagnateur sur scène mais aussi de Jean Corti, son accordéoniste attitré durant 6 ans (1960-1966).

En ce jour, si particulier pour quelques amputés du cœur qui ont trop ouvert les mains, mes pensées se tournent vers France, sa seconde fille, Présidente de la Fondation Internationale Jacques Brel à laquelle je dédie cet article tout autant qu’à « Miche », sa mère, et femme de Jacques veillant aux destinées des éditions « Pouchenel » mais aussi aux nombreux admirateurs de Jacques et j’offre, à tous, l’œuvre qui suit, composée en ce jour de mémoire dédié à Jacques, notre ami.

Non, Jacques, oh non, tu n’es pas mort, tu dors ! Là-bas, au large, dans le petit cimetière d’Atuona à Hyva Oa, tout près de Paul Gauguin ; sur ce petit atoll perdu du Pacifique à 1800 kilomètres de Tahiti.

Ecrivainparisien 9 octobre 2013

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Patrimoine en or

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Il y a eu trente cinq ans, la vie quittait ton corps

Le destin injuste nous aura privés de ton talent en or

Ta voix reste cependant en nous comme un joli trésor

Non, Jacques, oh non, tu n’es pas mort, tu dors !

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L’Askoy 2 restera, fort longtemps, amarré au port

Quelques vieux chevaux blancs servent bien le décor

Là-bas, sous les beaux cocotiers, le vent chante encore

Non, Jacques, oh non, tu n’es pas mort, tu dors !

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A Vesoul, aujourd’hui, tu resteras bien le plus fort

L’ennemi sera là mais il y aura aussi Terpsichore

La perfide Fanette sera toujours en parfait désaccord

Non, Jacques, oh non, tu n’es pas mort, tu dors !

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Ton œuvre est très riche, nous sommes tous en accord

On pourrait créer avec tes succès nombre de collectors

Tu détiens, toujours bien quelques très beaux records

Non, Jacques, oh non, non, tu n’es pas mort, tu dors !

Ecrivainparisien 9 octobre 2013

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Pour refermer ce livre des émotions, je remercie du fond du cœur toutes celles et tous ceux qui m’ont fait l’honneur de la lecture de ce modeste hommage que j’ai rédigé avec fierté, plaisir et émotion concernant celui qui restera, pour toujours, « notre » ami à tous.

Ecrivainparisien

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Mots clés de cet article :

Commémoration, Jacques Brel, Fondation internationale Jacques Brel, Atuona, Hyva Oa,

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Quelques liens pour compléter cet hommage concernant Jacques Brel :

Site officiel Jacques Brel : http://www.jacquesbrel.be/

Jacques Brel sur Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Brel

Les Editions Jacques Brel sur Facebook :

https://www.facebook.com/pages/Editions-Jacques-Brel-Bruxelles/101828353235640?sk=map&activecategory=Photos&session_id=1333944953

Historique de Jojo, le Bichcraft de Jacques (belles images) :

http://brel.pfiquet.be/jojoparcours.htm

http://www.tahitiheritage.pf/fiche-jojo-lavion-de-jacques-brel–24348.htm

http://tahitinui.blog.lemonde.fr/2007/01/28/jojo-lavion-de-jacques-brel/

Une partie de l’histoire de l’Askoy 2, le voilier de Jacques :

http://www.audierne.info/pagesphp/actualites/articles/2012/askoy.php

Nombreux liens pointant vers Jacques Brel :

http://www.google.fr/search?client=safari&rls=en&q=jacques+brel+wikipedia&ie=UTF-8&oe=UTF-8&redir_esc=&ei=2MhyUO20EarV0QXFmYDIDg

Quelques informations sur France Brel, la seconde fille de Jacques, Présidente de la Fondation Internationale Jacques Brel (avec une très jolie photo) :

http://www.tbx.be/fr/VIB/170/app.rvb

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Informations concernant :

Madly Bamy, la dernière compagne de Jacques lors de son séjour aux Marquises :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Maddly_Bamy

François Rauber, chef d’orchestre et arrangeur de Jacques :

http://fr.wikipedia.org/wiki/François_Rauber

Gérard Jouannest, pianiste et accompagnateur de Jacques :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Gérard_Jouannest

Jean Corti, accordéoniste attitré de Jacques :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Corti

Quelques précisions concernant sa tombe au cimetière d’Atuona :

http://www.tahitiheritage.pf/fiche-tombe-de-jacques-brel-24347.htm

Interview de « Miche », la femme de Jacques Brel :

http://www.polyamour.be/news.php?extend.59

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Je n’ai malheureusement rien trouvé de transcendant concernant Georges Pasquier, dit « Jojo », l’ami de toujours, rencontré en 1955 ; juste une petite photo et une ligne, une malheureuse petite ligne dans une des biographies de Jacques qui précise «Georges Pasquier (alias " Jojo ") qui deviendra son régisseur et l’un de ses plus fidèles compagnons. » C’est bien mince pour résumer 23 ans d’une amitié d’une densité exceptionnelle…. J’en suis véritablement désolé mes ami(e)s

http://fr.wikipedia.org/wiki/Gabrielle_Vincent

 

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http://primerose.blog.club-corsica.com/art-un-hommage-a-jacques-brel,-pps-merveilleux_31352.html?wt=1

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Le geste de Méluzine


La chronique de Jean Claude Lataupe

Billet n° 1406

 

Le geste de Méluzine

Il y a bien longtemps que je ne vous ai pas parlé de mon amie Adriana, alias Méluzine, poétesse non-voyante que je connais depuis quelques années déjà.

Je lui ai consacré plusieurs articles sur le forum il y a de cela plus de 2 ans maintenant.

Adriana préside, pour la région Bourgogne, aux destinées de « Voir Ensemble », anciennement « La Croisade des Aveugles », une association nationale reconnue d’utilité publique pour la promotion et le bien-être intellectuel, social, moral, culturel et matériel des personnes aveugles. Vous trouverez tout ce qui concerne cette association en cliquant sur le lien ci-après qui vous amènera directement sur le site de l’association http://www.voirensemble.asso.fr/

Pour en revenir à mon amie Adriana elle a adressé la nuit dernière un gentil message à quelques unes et quelques uns de ses amis sur lequel figure l’extrait d’un roman de Paulo Coelho, un de ses célèbres compatriotes qu’elle apprécie visiblement et elle a souhaité, par son geste, faire partager son intérêt pour cet extrait de « La seconde chance »

N’étant ni possessif ni thésaurisateur, j’offre à mon tour de partager avec les lecteurs du forum le message que m’a adressé Adriana, message sur lequel figure ce très beau texte plein d’enseignements.

Bonne lecture à toutes et à tous.

Ecrivainparisien

 

Le message d’Adriana

Bonjour à tous,

J’ai reçu hier ce "billet" auquel je me suis abonnée depuis près d’un an, écrit par Paulo Coelho (et traduit bien entendu).
J’ai trouvé cette histoire tellement belle et tellement parlante que je l’envoie à certains de mes contacts en me disant que le conseil peut être parlant aussi pour d’autres qui, par exemple, se découragent ou bien ont du mal à "franchir" certaines étapes de leur vie.
Ceux qui ont appris à me connaître un peu savent que je fonctionne à l’instinct !
Alors… Si en vous "envoyant ce cadeau" je "tombe à côté" veuillez accepter mes plus humbles excuses… Sourire
Et oui, il m’arrive aussi de faire des bêtises, même à mon âge… Ca prouve que je suis encore "humaine" et non pas devenue une "machine" alors ça me rassure…
Bien amicalement et même "affectueusement et tendrement" (pour certain(e)s… Sourire)

Adriana

Maria-Adriana Parente (Laurençot)
Présidente de "Voir Ensemble" / Groupe de l’Yonne
Membre de "Femmes Leaders / Bourgogne

Emission "Handicap Service tous les 4ème lundi du mois, 20h-21h
sur Radyonne 90.50 et
www.radyonne.com


 

La seconde chance

Paulo Coelho (extrait)

Les Sibylles, des sorcières capables de prévoir l’avenir, vivaient à Rome dans l’Antiquité. Un beau jour, l’une d’elles se présenta au palais de l’empereur Tibère avec neuf livres ; elle annonça qu’ils contenaient l’avenir de l’Empire et réclama dix talents d’or pour les textes. Tibère trouva que c’était très cher et ne voulut pas acheter.
La sibylle sortit, brûla trois livres et revint avec les six restants. « Cela fait dix talents d’or », dit-elle. Tibère rit, et il la renvoya ; comment osait-elle vendre six livres au même prix que neuf ?
La sibylle brûla encore trois livres et revint vers Tibère avec les trois derniers volumes : « Ils coûtent toujours dix talents d’or. » Intrigué, Tibère finit par acheter les trois volumes, et ne put lire qu’une petite partie de l’avenir.
Je racontais cette histoire à Monica, mon agent et amie, tandis que nous nous rendions en voiture au Portugal. Quand j’ai terminé, je me suis rendu compte que nous passions par Ciudad Rodrigo, à la frontière espagnole. Là, quatre ans auparavant, un livre m’avait été offert, et je ne l’avais pas acheté.
Lors du premier voyage pour la divulgation de mes livres en Europe, j’avais décidé de déjeuner dans cette ville. Ensuite, j’étais allé visiter la cathédrale, et j’avais rencontré un prêtre. « Voyez comme le soleil de l’après-midi rend tout plus beau à l’intérieur », dit-il. Ce commentaire m’avait plu, nous avions parlé un peu, et il m’avait guidé dans les autels, les cloîtres et les jardins intérieurs du temple. À la fin, il m’avait offert un livre qu’il avait écrit au sujet de l’église, mais je n’avais pas voulu l’acheter. Quand je suis sorti, je me suis senti coupable ; je suis écrivain, et j’étais en Europe pour essayer de vendre mon travail – pourquoi ne pas acheter le livre du prêtre ! Par solidarité ? Et puis j’avais oublié l’épisode, jusqu’à ce moment.

J’ai arrêté la voiture ; ce n’était pas par hasard que je m’étais souvenu de l’histoire des livres sibyllins. Nous avons marché vers la place en face de l’église, où une femme regardait le ciel.
« Bonsoir. Je suis venu ici voir un prêtre qui a écrit un livre au sujet de l’église.
– Le père, qui s’appelait Stanislau, est mort il y a un an », a-t-elle répondu.
J’ai senti une immense tristesse. Pourquoi n’avais-je pas donné au père Stanislau la même joie que je ressentais quand je voyais quelqu’un avec un de mes livres ?
« C’était l’un des hommes les plus généreux que j’aie connus, a poursuivi la femme. Il venait d’une famille modeste, mais il était devenu expert en archéologie ; il m’a aidée à obtenir pour mon fils une bourse au collège. »
Je lui ai raconté ce que je faisais là.
« Ne vous culpabilisez pas inutilement, mon enfant, a-t-elle dit. Retournez visiter la cathédrale. »
J’ai pensé que c’était un signe, et j’ai suivi son conseil. Il y avait seulement un prêtre dans un confessionnal, attendant les fidèles qui ne venaient pas. Il m’a prié de m’agenouiller, mais j’ai dit que je n’étais là que pour acheter un livre sur cette église, écrit par un homme du nom de Stanislau.
Les yeux du prêtre se sont éclairés. Il est sorti du confessionnal et il est revenu quelques minutes plus tard avec un exemplaire.
« Quelle joie que vous soyez venu seulement pour cela ! A-t-il dit. Je suis le frère du père Stanislau, et cela me remplit de fierté ! Il doit être au ciel, content de voir que son travail a de l’importance ! »
J’ai payé le livre, je l’ai remercié, il m’a donné l’accolade. Alors que je sortais déjà, j’ai entendu sa voix.
« Voyez comme le soleil de l’après-midi rend tout plus beau à l’intérieur ! » a-t-il dit.
C’étaient les mots que le père Stanislau m’avait adressés quatre ans plus tôt. Il y a toujours une seconde chance dans la vie.

 

Pour aller plus loin
Le site officiel de Paulo Coelho
http://www.warriorofthelight.com/

Et son édition française http://www.warriorofthelight.com/fran/index.html

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La chronique de Jean Claude Lataupe

Billet n° 1315

La petite fille aux allumettes

Conte d’Hans-Christian Andersen

 

Il faisait effroyablement froid ; il neigeait depuis le matin ; il faisait déjà sombre ; le soir approchait, le soir du dernier jour de l’année. Au milieu des rafales, par ce froid glacial, une pauvre petite fille marchait dans la rue : elle n’avait rien sur la tête, elle était pieds nus. Lorsqu’elle était sortie de chez elle le matin, elle avait eu de vieilles pantoufles beaucoup trop grandes pour elle. Aussi les perdit-elle lorsqu’elle eut à se sauver devant une file de voitures ; les voitures passées, elle chercha après ses chaussures ; un méchant gamin s’enfuyait emportant en riant l’une des pantoufles ; l’autre avait été entièrement écrasée.

Voilà la malheureuse enfant n’ayant plus rien pour abriter ses pauvres petits petons. Dans son vieux tablier, elle portait des allumettes : elle en tenait à la main un paquet. Mais, ce jour, la veille du nouvel an, tout le monde était affairé ; par cet affreux temps, personne ne s’arrêtait pour considérer l’air suppliant de la petite qui faisait pitié. La journée finissait, et elle n’avait pas encore vendu un seul paquet d’allumettes. Tremblante de froid et de faim, elle se traînait de rue en rue.

Des flocons de neige couvraient sa longue chevelure blonde. De toutes les fenêtres brillaient des lumières : de presque toutes les maisons sortait une délicieuse odeur, celle de l’oie, qu’on rôtissait pour le festin du soir, c’était la Saint-Sylvestre. Cela, oui, cela lui faisait arrêter ses pas errants.

Enfin, après avoir une dernière fois offert en vain son paquet d’allumettes, l’enfant aperçoit une encoignure entre deux maisons, dont l’une dépassait un peu l’autre. Harassée, elle s’y assied et s’y blottit, tirant à elle ses petits pieds : mais elle grelotte et frissonne encore plus qu’avant et cependant elle n’ose rentrer chez elle. Elle n’y rapporterait pas la plus petite monnaie, et son père la battrait.

L’enfant avait ses petites menottes toutes transies. «Si je prenais une allumette, se dit-elle, une seule pour réchauffer mes doigts ? » C’est ce qu’elle fit. Quelle flamme merveilleuse c’était ! Il sembla tout à coup à la petite fille qu’elle se trouvait devant un grand poêle en fonte, décoré d’ornements en cuivre. La petite allait étendre ses pieds pour les réchauffer, lorsque la petite flamme s’éteignit brusquement : le poêle disparut, et l’enfant restait là, tenant en main un petit morceau de bois à moitié brûlé.

Elle frotta une seconde allumette : la lueur se projetait sur la muraille qui devint transparente. Derrière, la table était mise : elle était couverte d’une belle nappe blanche, sur laquelle brillait une superbe vaisselle de porcelaine. Au milieu, s’étalait une magnifique oie rôtie, entourée de compote de pommes : et voilà que la bête se met en mouvement et, avec un couteau et une fourchette fixés dans sa poitrine, vient se présenter devant la pauvre petite. Et puis plus rien : la flamme s’éteint.

L’enfant prend une troisième allumette, et elle se voit transportée près d’un arbre de Noël, splendide. Sur ses branches vertes, brillaient mille bougies de couleurs : de tous côtés, pendait une foule de merveilles. La petite étendit la main pour saisir la moins belle : l’allumette s’éteint. L’arbre semble monter vers le ciel et ses bougies deviennent des étoiles : il y en a une qui se détache et qui redescend vers la terre, laissant une trainée de feu.

«Voilà quelqu’un qui va mourir » se dit la petite. Sa vieille grand-mère, le seul être qui l’avait aimée et chérie, et qui était morte il n’y avait pas longtemps, lui avait dit que lorsqu’on voit une étoile qui file, d’un autre côté une âme monte vers le paradis. Elle frotta encore une allumette : une grande clarté se répandit et, devant l’enfant, se tenait la vieille grand-mère.

– Grand-mère, s’écria la petite, grand-mère, emmène-moi. Oh ! Tu vas me quitter quand l’allumette sera éteinte : tu t’évanouiras comme le poêle si chaud, le superbe rôti d’oie, le splendide arbre de Noël. Reste, je te prie, ou emporte-moi.

Et l’enfant alluma une nouvelle allumette, et puis une autre, et enfin tout le paquet, pour voir la bonne grand-mère le plus longtemps possible. La grand-mère prit la petite dans ses bras et elle la porta bien haut, en un lieu où il n’y avait plus ni de froid, ni de faim, ni de chagrin: c’était devant le trône de Dieu.

Le lendemain matin, cependant, les passants trouvèrent dans l’encoignure le corps de la petite ; ses joues étaient rouges, elle semblait sourire ; elle était morte de froid, pendant la nuit qui avait apporté à tant d’autres des joies et des plaisirs. Elle tenait dans sa petite main, toute raidie, les restes brûlés d’un paquet d’allumettes.

– Quelle sottise ! dit un sans-cœur. Comment a-t-elle pu croire que cela la réchaufferait ? D’autres versèrent des larmes sur l’enfant ; c’est qu’ils ne savaient pas toutes les belles choses qu’elle avait vues pendant la nuit du nouvel an, c’est qu’ils ignoraient que, si elle avait bien souffert, elle goûtait maintenant dans les bras de sa grand-mère la plus douce félicité.

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Il a récidivé

La chronique de Jean Claude Lataupe

Billet n° 1125

La phrase du jour : « La mythologie est à l’histoire de l’humanité ce que l’ombre est au soleil, une de ses composantes propres. L’une ne peut exister sans l’autre puisque l’une induit et génère l’autre. » Ecrivainparisien, alias Jean Claude Lataupe


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Il a récidivé

 

Le privilège du narrateur d’une histoire, lorsque ce dernier est doué d’imagination débordante et prolifique, est de lui donner une couleur réaliste, naturelle, véridique, couleur embarquant et transportant le lecteur dans une aventure captivante dont il ne peut sortir indemne. Si le même narrateur est doué, en complément, heureux homme ! D’un style d’écriture frisant la perfection, le fond et la forme du récit le métamorphosent. Il devient alors tableau, fresque, véritable épopée retraçant une histoire gigantesque.

Dans le cas d’espèce dont je vais vous entretenir aujourd’hui l’histoire que j’ai actuellement le privilège de pouvoir vivre est une histoire à l’échelle du monde. Cette histoire est celle du monde en fait. Oui ! Dont l’action se déroule plus précisément à sa genèse, sa naissance, celle d’une masse « informe », quasi encore vierge de tout et que les Déesses et Dieux commencent à modeler. Au fil du récit ce monde prend forme sous les yeux du lecteur.

Du lecteur, oui ! Puisque cette histoire est racontée, de plume de maître, par un livre. J’ai le privilège d’être une des rares personnes à pouvoir lire cet ouvrage puisque ce livre n’est pas encore distribué.

Mais qu’est-ce donc que cette histoire ?

C’est celle que Jean Claude Joannidès nous fait vivre, nous permettant de faire un pas de plus sur le chemin menant vers les Dieux.

Et quel pas !

Un pas de géant, celui des Titans, des Cyclopes et des Hécatonchires livrant une bataille gigantesque qui finit par voir la défaite du Dieu Cronos, défaite mettant fin à son règne hégémonique. Le règne de Cronos s’achève donc suite à la victoire de Zeus, le Dieu des Dieux qui régnera désormais sur le monde après cette bataille titanesque.

Après « Un chemin vers les Dieux » Jean Claude Joannidès nous offre le second volume de sa trilogie, « Journées de noces », ouvrage qui sera lui-même suivi par « La quête de Déméter »

Dans ces « Journées de noces » Jean Claude Joannidès réédite l’exploit qu’il a accompli dans « Un chemin vers les Dieux ».

Ces « Journées de noces », œuvre au fond et à la forme de toute beauté, se déguste de bout en bout et mériterait, pour en tirer la quintessence, tout autant que le premier ouvrage de cet auteur de qualité, une lecture à haute et intelligible voix. Cette lecture bonifierait encore l’ouvrage permettant ainsi à cette fresque historique de déployer les trésors enfermés en ces lignes et ces vers. Il y en a en effet quelques vers imbriqués dans cette prose, vers véritablement somptueux. Cette œuvre accomplie possède un style flamboyant quant au verbe, maîtrisé ici de plume de maître par un Jean Claude Joannidès, véritable orfèvre de la phrase.

Je ne dévoilerai pas l’intrigue de ces « Journées de noces » pour ne pas tuer le suspense. Ce que je puis en revanche révéler est que cette histoire est une suite de tableaux richement imagés présentés au fil du récit, à la manière d’un cinéaste, par Jean Claude Joannidès, véritable metteur en scène de cette grandiose épopée. Une féerie à l’échelle du monde en quelque sorte.

Pour ce qui me concerne, j’attribue une mention particulière au récit impressionnant, à tous points de vue, de Melpomène, la muse de la tragédie. J’en ai tellement été subjugué que j’ai relu ce passage à deux reprises tant il est somptueux.

J’attends avec impatience de pouvoir suivre la suite de cette fresque monumentale : les pas de Déméter dans sa quête.

Voilà, vous savez presque tout !

Je vous tiendrai informés de la sortie de cet ouvrage dès que j’en aurai connaissance.

Je tiens à exprimer ma reconnaissance à Jean Claude Joannidès pour m’avoir confié son dernier ouvrage.

Ecrivainparisien

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Eole : Le Dieu du vent

Olympie dans toute sa splendeur

Entrée du stade d’Olympie : Haut lieu de l’Olympisme dans la Grèce antique


Olympie : Plan du sanctuaire

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Suspense

La chronique de Jean Claude Lataupe

Billet n° 1103

 

Suspense

A la fin de l’été dernier je vous ai proposé le début d’un roman intitulé « Nuit au musée » qui est encore en cours d’écriture.

Pour varier les plaisirs je me lance aujourd’hui dans l’écriture d’une nouvelle œuvre dont vous aurez le tout début en avant première à la suite de ce préambule.

Godefroy, le héros de cette aventure pleine de suspense part sur les traces de son passé à la recherche de ses racines. Il va découvrir la vérité sur ses origines qu’il ne connaissait pas avec certitude.

Le nom des personnages de cette histoire a été modifié mais les lieux existent bel et bien et la trame de l’histoire est totalement véridique.

Je vous souhaite une bonne lecture.

Ecrivainparisien

 

La relique

Une nouvelle de Jean Claude Lataupe

 

Godefroy, le héros de cette aventure marche prudemment sur un terrain qu’il ne connait pas. Ses pieds, mal assurés, se posent sur un sol gras, collant et parsemé de trous. Il fait nuit noire dans le souterrain dans lequel il se trouve depuis un moment, terme d’un jeu de piste, entamé il y a quelques mois déjà. Une faible lumière diaphane émet un rayonnement à une distance qu’il a du mal à évaluer puisqu’il se trouve dans un noir quasi-total. De temps à autre de légers bruissements se font entendre animant l’air. Quelque chose d’indéfinissable bouge sur place, venant parfois le frôler mais Godefroy ne parvient pas à identifier l’objet, la chose responsable de ce frôlement.

Il pose son sac à dos à terre et cherche à en ouvrir à tâtons la poche centrale. Il y parvient au bout d’un moment. Sa main droite plonge à l’intérieur, tentant d’identifier, au toucher, l’objet qu’il cherche : une vieille torche trouvée sur un chantier voisin. Elle semblait encore visiblement en état de marche lorsqu’il l’a récupérée, à toutes fins utiles. Il la touche enfin et réussi à l’extraire du sac. Il cherche dans sa poche gauche et y trouve une boite d’allumettes achetée à l’épicerie d’un autre âge dans le dernier village traversé, perdu dans cette campagne limousine qu’il a bien connue puisqu’il y joua durant quelques années, étant enfant.

Comment Godefroy s’est-il retrouvé dans ce coin reculé dans lequel il n’avait pas remis les pieds depuis plusieurs décennies déjà est bien long à expliquer.

Godefroy a reçu, il y a quelques semaines une lettre épaisse au cachet de la poste quasiment indéchiffrable, la lettre ayant manifestement séjourné en milieu légèrement humide. Une chose frappa Godefroy d’emblée : les timbres d’affranchissement n’avaient plus cours depuis longtemps déjà, démontrant, à priori, que cette lettre avait été rédigée il y a fort longtemps ou bien que la personne qui l’avait postée n’écrivait pas souvent et qu’elle avait utilisé, pour affranchir cette lettre, des restants d’un bloc de timbres n’ayant plus cours mais étant toujours valables quant à leur utilisation.

Tout en se faisant cette réflexion Godefroy ouvrit donc la grosse enveloppe et en tira une autre enveloppe de plus petite dimension fermée par du scotch ainsi qu’une feuille de papier, genre parchemin, légèrement ramollie, sur laquelle était rédigé un texte écrit à l’encre noire à l’aide d’une plume comme on en utilisait il y a une cinquantaine d’années. Cette écriture qu’il ne connaissait pas était identique à celle de l’enveloppe extérieure et disait, dans un français sans fautes d’orthographe ce qui suit :

Cher Godefroy,

Je me nomme Rachel et suis l’une des petites filles juives, enfin j’étais, l’une des petites filles que ta maman a fait passer en zone libre dans la campagne de Dournazac au nez et à la barbe de l’armée d’occupation au cours d’une nuit de l’automne 1943.

Nous nous sommes retrouvées toutes les deux par le plus pur des hasards à la poste de Perpignan il y a quelques années. Je ne sais si ta maman t’a parlé de cela.

Toujours est-il que nous sommes restées en étroit contact depuis cette époque. Nous nous sommes vues à plusieurs reprises en cachette car ton père aurait vu d’un mauvais œil cette amitié.

Il y a quelque temps ta maman m’a appelé au téléphone et souhaitait me voir pour me confier quelque chose.

Je ne pouvais pas lui refuser ce service puisqu’elle m’a sauvé la vie ainsi que celle d’autres amies et je me suis donc rendu à Bordeaux. Nous avons été très heureuses de nous revoir après ces années.

A suivre

 

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La chronique de Jean Claude Lataupe

Billet n° 1102

 

 Platon vu par Raphaël

 

La Vérité dans tous ses états

 

A la manière de…Platon (1)

Par Jean Claude Joannidès (2), auteur de « Un chemin vers les Dieux » et « Journées de noces », entre autres ouvrages.

 

Explications liminaires

Le texte que je reproduis ci-dessous m’a été offert par Jean Claude Joannidès (voir mon billet n° 1099, intitulé « Journées de noces »)

Jean Claude Joannidès a pensé, conçu et rédigé ce texte pour une conférence qu’il a donnée il y a une vingtaine d’années.

Après avoir attentivement lu cet exercice remarquable celui-ci me semble intéressant et propre à faire réfléchir. J’ai ajouté à la fin de ce brillant exposé quelques liens, numérotés pour faciliter la compréhension et la lecture, liens apportant des précisions sur les personnages dont il est question dans le cadre de ces écrits.

Sans plus attendre je laisse la parole à Socrate et Phèdre, les deux acteurs de cette passionnante conversation, décrite de « Plume de Maître » par Jean Claude Joannidès, écrivain captivant de grande culture :

Socrate

 

Phèdre (3) Puisque nous sommes à l’aise sous le platane à regarder jouer les eaux de l’Illissos (4), je voudrais, Ô Socrate, te poser une question qui me tient à cœur.

Socrate (5) Je t’écoute, Phèdre.

Phèdre N’as-tu pas dit que la recherche de la vérité était ce qui importait le plus et qu’un discours ne valait que la part de vérité qu’il contient ?

Socrate Je l’ai dit en effet.

Phèdre N’as-tu pas dit également qu’i fallait prêter l’oreille à ces mythes rapportés par nos ancêtres car is recèlent une part non négligeable de vérité sur la vie des hommes ?

Socrate C’est vrai. J’ai dit cela.

Phèdre Mais il te faut convenir que le discours de ces mythes n’a rien qui puisse être vérifiable, et par là même être déclaré véritable. Car où a-t-on jamais vu visage et buste de femme accolés à des pattes de lion et des ailes d’oiseau, et pourtant n’est-ce-pas là les merveilles dont nous entretiennent le plus souvent les mythes ?

Socrate J’en conviens.

Phèdre Alors éclaire moi Socrate, car j’ai peur de ne pas comprendre comment une vérité non vérifiable peut être reçue comme vérité ?

Socrate Laisse-moi te poser tout d’abord une question. Peux-tu vérifier que le ciel existe ?

Phèdre Non. Par Zeus !

Socrate Et pourtant tu dis qu’il existe véritablement ?

Phèdre Je le dis. Assurément.

Socrate Et tu as raison. Car, s’il n’existait pas, comment pourrions-nous encore disputer (6) de son existence ? Mais dis-moi, mon cher Phèdre, si le Sphinx dont tu parlais – car c’est bien de lui dont tu parlais, n’est-ce-pas ? – si le Sphinx donc n’existait pas, comment donc pourrais-tu en parler, ainsi que tu le fais du ciel ?

Phèdre Tu soutiens donc qu’un tel animal existe ?

Socrate Assurément.

Phèdre Et que des gens l’ont vu ?

Socrate Non pas des gens, Ô Phèdre, mais tout le monde ; mais Alcibiade (7), mais Aristodème (8), mais toi et moi.

Phèdre Que dis-tu ? J’aurais vu le Sphinx ? Et où cela ?

Socrate Mais ici même. N’est-ce-pas toi d’ailleurs qui a commencé à en parler ? Il fallait bien que tu l’eusses rencontré quelque part !

Phèdre Mais je n’en sais que ce que m’en ont dit les autres hommes.

Socrate Certes. Mais puisque partant de ce qu’ils en ont dit tu en as reconstitué l’image, c’est donc qu’une telle possibilité de reconstitution est en toi. Maintenant considère ceci : puisque des hommes ont pu en constituer l’image, et d’autres hommes la reconstituer en eux par la simple relation, j’en conclus que cette image est nécessairement une production humaine, donc intérieure non seulement à tel ou tel homme mais intérieure et commune à l’humanité toute entière.

Phèdre Je me rends, Socrate, et je comprends que ces images ne nous sont transmissibles d’homme à homme que parce qu’elles font intervenir une faculté qui est commune à tous les hommes. Mais il nous faut maintenant considérer deux autres points : comment ces images sont-elles formées et comment peut-on dire qu’elles ont en elles une part de vérité car n’est-il pas étrange de considérer de tels monstres comme ayant en eux une part de vérité ?

Socrate Fort bien ! Considérons donc ces deux points. Et tout d’abord comment ces images naissent. Peux-tu répondre à ceci : comment l’image du ciel t’est-elle parvenue ?

Phèdre Tu te ris de moi, Ô Socrate. Elle m’est venue en le regardant.

Socrate Eh bien ! De la même manière, le monstre dont tu parles est apparu en regardant un visage et un buste de femme, des pattes de lion et des ailes d’oiseau.

Phèdre Je comprends cela, Socrate. Mais si les parties ont un sens, le tout ainsi assemblé n’en a aucun.

Socrate Réponds encore à ceci : quel sens a le ciel, à ton avis ?

Phèdre Celui d’un infini étranger à la terre, assurément.

Socrate Mais n’est-ce point là également qu’habitent les dieux ?

Phèdre On le dit.

Socrate Ainsi le sens accordé au ciel n’est pas le même pour tous les hommes ?

Phèdre Il ne l’est pas d’après ce qu’il semble.

Socrate Dès lors le sens que tu accordes aux choses n’est pas le même que celui que d’autres hommes leur accordent. Ne dirons-nous pas qu’il y a une différence de logique entre ces hommes et toi ?

Phèdre Nous pouvons le dire, en effet.

Socrate Eh bien ! Il en est de même de cette faculté dont nous avons parlé et qui est commune à tous les hommes. Elle n’a pas la même logique.

Phèdre Tu as réponse à tout, Socrate. Mais je ne me rends pas encore sur ce point. Quelle logique peut-il y avoir entre nous qui nous soit ainsi étrangère ? Eclaire moi donc à ce sujet.

Socrate Eh bien ! Je vais t’éclairer également là-dessus car il est facile de voir que tu fais la même erreur que les autres hommes.

Phèdre Quelle erreur, Ô Socrate ?

Socrate L’erreur, Phèdre, de croire qu’une telle logique est étrangère à toi. Car lorsque tu dis que le ciel est un infini, tu veux bien dire que le ciel est comme un infini, le symbole d’un infini, ou bien me trompé-je et n’as-tu pas voulu dire cela ?

Phèdre Tu dis bien, Ô Socrate, et j’ai voulu dire exactement cela.

Socrate Eh bien, Phèdre, il en est exactement de même pour le symbole du Sphinx car il est comme un être qui aurait le visage et le buste d’une femme, les pattes d’un lion et les ailes d’un oiseau. Ainsi naissent les monstres dont tu parles en étant comme ceci que tu connais, plus comme cela que tu connais également, plus autant de parties chacune également connue de toi.

Phèdre Mais le tout n’a toujours aucun sens à mes yeux.

Socrate Tu vas trop vite, Phèdre, et tu ne me laisses pas développer mon argumentation, avec tant d’impatience.

Phèdre Je me tais donc et j’attends. Mais ne crois pas me circonvenir par un discours qui ne réponde pas à ma question.

Socrate Ceci est l’affaire du second point que tu m’as demandé d’éclaircir : quelle part de vérité y a-t-il dans ces images, car nous sommes d’accord que si nous trouvons un sens à ces images, nous aurons du même coup dévoilé la part de vérité qu’elles comportent ?

Phèdre Nous sommes bien d’accord.

Socrate Eh bien, allons ! Et que les Muses me viennent en aide. Pour répondre à ta question, Phèdre, et comprendre qu’elle est la part de vérité d’une telle production, il nous faut maintenant pousser notre réflexion hors des limites que nous nous sommes implicitement assignées. Te souviens-tu avoir reconnu que le monstre dont tu parlais était un pur produit d’une faculté essentiellement humaine ?

Phèdre Certes, Ô Socrate.

Socrate Fort bien ! Mais penses-tu que seuls des monstres puissent être produits par cette faculté humaine ou bien aussi toute une série d’images n’ayant en soi rien de monstrueux ?

Phèdre Toute une série d’images, assurément.

Socrate Mais ces images n’ayant rien de monstrueux n’ont pas plus de sens par elles-mêmes puisque sortant du même moule que les images monstrueuses ?

Phèdre Puisque tu le dis Socrate, il doit en être ainsi.

Socrate Ce qui nous rend la chose malaisée n’est donc pas la monstruosité comme tu le croyais, Phèdre, ni l’origine mais le but même de ces images. Cependant, nous avons progressé car nous savons maintenant de quel côté nous tourner.

Phèdre Si tu le sais, cela est bien. Pour ma part, j’ai l’impression qu’une nuée nous enveloppe de toutes parts.

Socrate Considère seulement ceci : si dans chaque homme une telle faculté produit ces images de telle manière qu’un homme puisse en comprendre un autre, qu’en déduis-tu ?

Phèdre Rien.

Socrate Assurément, tu manques ici de cette vaillance dont je te voyais tantôt si pourvu ! Pour moi, j’en déduis que nous sommes en présence d’un langage.

Phèdre Mais un langage, Ô Socrate, est un acte volontaire et, outre cela, il ne saurait y avoir langage qu’entre deux personnes. Comment donc peux-tu soutenir ta proposition ?

Socrate Eh bien ! Examinons tes arguments un à un. Penses-tu que le corps te parle quand une fatigue aux yeux t’empêche de lire et qu’une faim te tenaille, ou penses-tu que ton repos ou ton repas soient des actes purement volontaires ?

Phèdre Ces actes me sont dictés par mon corps. Il n’y a aucun doute à cela.

Socrate Et pourtant c’est un langage, et un langage que tu comprends très bien. Le langage n’est donc pas toujours un acte volontaire. Quant à la seconde proposition, je l’agréé entièrement. Un langage se fait bien entre deux protagonistes.

Phèdre Où sont donc ces deux protagonistes ?

Socrate Eh bien ! Ton corps et toi.

Phèdre Tu railles, Ô Socrate. Est-ce là un interlocuteur ?

Socrate Certes ! Et de taille ! Le jour où il ne sera plus là, mon cher Phèdre, tu en mesureras tout le poids de l’absence. Mais tu vois maintenant que la production de telles images est un langage.

Phèdre Je le vois, en effet. Mais je ne vois toujours pas qu’elles aient un but.

Socrate C’est que tu n’as pas prêté suffisamment d’attention à mes paroles. N’ai-je pas, en effet, comparé ce langage à celui du corps ? Ainsi de la même manière que le corps avertit de ses exigences, l’âme avertit des siennes et envoie sous forme d’images des rêves et des mythes pour guider les hommes.

Phèdre Tu me découvres là des perspectives merveilleuses, Ô Socrate. Ainsi ces images que nous prenions pour anodines sont le reflet de la vie même de l’esprit ?

Socrate Assurément. Et tu comprends maintenant et le sens de ces productions de l’esprit et leur part de vérité. Si, en effet, elles sont un langage, elles portent donc un message à notre connaissance et tel est, en effet, le sens et le but de cette production de l’âme. Mais, faisant ceci, n’est-elle pas aussi la vérité de l’homme car tu penses bien comme moi que la vérité de l’homme est harmonie, joie et amour ?

Phèdre Je le pense, en effet.

Socrate Et quel meilleur chemin vers l’harmonie et l’amour y a-t-il que de suivre l’injonction intérieure de notre psyché ?

Phèdre Aucun, assurément. Et je m’en vais de ce pas essayer de m’y employer. Mais tu me diras un autre jour comment tu parviens à déchiffrer ces messages mystérieux que notre psyché nous envoie car une connaissance sans méthode est comme un attelage sans cocher.

Socrate Voilà une très belle image, Phèdre. C’est promis. La prochaine fois, tu auras le cocher. Mais pour l’heure profitons de ce que la chaleur est tombée pour aller voir nos amis et leur faire fête.

Jean Claude Joannidès

 

Alcibiade

 

Pour en savoir un peu plus

(1)Platon (en grec ancien Πλάτων / Plátôn, Athènes, 427 av. J.-C. / 348 av. J.-C.) est un philosophe grec, disciple de Socrate. Surnommé le « divin Platon », il est souvent considéré comme un des premiers grands philosophes de la philosophie occidentale. Selon une célèbre formule d’Alfred North Whitehead, « La plus sûre description d’ensemble de la tradition philosophique européenne est qu’elle consiste en une série d’annotations à Platon. »[1].

La philosophie platonicienne se caractérise par son extrême richesse. On a l’impression qu’il n’y a pas de problèmes ou de questions que Platon n’ait déjà soulevés. Platon s’est tourné aussi bien vers la philosophie politique que vers la philosophie morale, la théorie de la connaissance, la cosmologie ou vers l’esthétique. Ses positions sont encore souvent discutées ou défendues par la philosophie contemporaine. Karl Popper a critiqué en plein XXe siècle le « communisme de Platon », tandis que le platonisme est une position qui fut défendue de nos jours aussi bien par Frege que par Russell.

(2) http://auteurs.chapitre.com/page58/section83.html

(3)Le Phèdre (en grec: Φαίδρος) est un discours de maturité de Platon. Il porte sur l’amour et sur l’écriture. Socrate s’y entretient avec Phèdre, l’élève de Lysias.

À la demande de Socrate, Phèdre lit le discours sur l’amour que Lysias a écrit très peu de temps auparavant. Socrate réagit contre ce discours dont la forme et le contenu sont mauvais et prononce un discours sur le même thème mais qui se veut meilleur. Après quoi Socrate affirme que son discours non plus n’était pas correct et prononce un nouveau discours sur l’amour, dans lequel il expose notamment la théorie de la réminiscence et de la transmigration des âmes. La fin du texte est consacrée à une réflexion sur l’écriture.

Cette partie peut sembler être une digression sans lien avec le thème originel, ce qui a conduit de nombreux critiques à considérer le Phèdre comme un ouvrage mal construit. Toutefois Jacques Derrida défend l’idée que ce n’est pas le cas. Dans La pharmacie de Platon, il montre comment le Phèdre est en réalité un dialogue portant essentiellement sur l’écriture, les discours sur l’amour étant à rattacher à l’amour de l’écriture et des discours, qui sont comme une drogue pour Socrate.

(4) http://fr.encarta.msn.com/text_741535957___3/Ph%C3%A8dre_%5BPlaton%5D.html

(5)Socrate (en grec Σωκράτης Sōkrátēs) est un philosophe de la Grèce antique (Ve siècle av. J.-C.), considéré comme le père de la philosophie occidentale et l’un des inventeurs de la philosophie morale. Il n’a laissé aucune œuvre écrite ; sa philosophie nous est parvenue par l’intermédiaire de témoignages indirects (en particulier par les écrits de son disciple Platon).

(6) Disputer : avoir une discussion sur un point déterminé

(7)Alcibiade, en grec ancien Ἀλκιϐιάδης / Alkibiadês, né à Athènes vers 450, mort à Melissa (Phrygie) en 404, homme d’État et général athénien.

(8)Aristodème ou Aristodémos (du grec ancien Ἀριστόδημος / Aristódêmos , de αριστος / aristos, « meilleur » et δημος / dêmos, « peuple ») : dans la mythologie grecque, Aristodème est un des Héraclides

 

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