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Archive for septembre 2011

Un Wurlitzer. Berlin

Orgue Wurlitzer Berlin

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Les chroniques de la place

Billet n° 1525

Les pionniers de la galette et autres génies de la lampe

Au début était le gramophone et son inséparable pavillon, une invention révolutionnaire de 1877 due au talent de Thomas Edison, l’inventeur au 1000 brevets déposés ; un gramophone, objet rare et parfois décoré, armé de sa manivelle qu’il fallait faire tourner pour remonter le mécanisme d’entrainement du plateau supportant la « galette » de cire que l’on avait posée délicatement sur le feutre  après l’avoir sortie religieusement de sa pochette de papier kraft marron ; une pochette à l’effigie d’un Jack Russel Terrier, répondant au nom de Nipper qui écoutait, d’une oreille curieuse et attentive la voix de son maitre sortant d’un pavillon ; puis, dernier geste à accomplir avant de faire naitre la magie conduisant à l’« extase », poser la longue aiguille sur le sillon ; alors, dans le silence feutré du salon, les crachouillis et chuintements divers emplissaient l’éther, dominés par la voix d’Enrique Caruso, le ténor, considéré, par de nombreux critiques comme le plus grand ténor de tous les temps ; un ténor, chouchou de ces dames au même titre que l’était, cent cinquante ans plus tôt, un célébrissime castrat du nom de Carlo Broschi, plus connu sous le nom de Farinelli, immortalisé par un film du au talent du cinéaste belge Gérard Corbiau.

Caruso était un Maestro du répertoire d’Opéra auquel les mélomanes vouaient un culte immodéré et passionnel ; un culte également porté, par la gent féminine, à un certain Rudolf Valentino, un acteur italien du temps du muet, beau comme un dieu et disparu à l’âge de 31 ans ; 31 ans, c’est aussi l’âge auquel disparut Frantz Schubert, génial compositeur autrichien de l’époque romantique et maitre incontesté du Lied.

Ce gramophone dort aujourd’hui sur une étagère à côté d’une pile de galettes musicales ou quelque part dans un grenier, au fond d’une malle en osier ou bien en bois précieux.

S’il a parfois encore droit de cité au salon c’est en tant qu’objet décoratif et cet objet, aujourd’hui oublié, à été remplacé par des meubles électrophones, objets de bois précieux généralement comportant, sur le dessus un électrophone, protégé par un couvercle. Sur la façade, en teck ou en acajou le plus souvent, trônait le récepteur radio à lampes avec son œil magique, un modulomètre, souvent de couleur verte dont l’éclairage variait en fonction du son que diffusait l’objet. Une toile, faite le plus souvent de jute, de couleur claire, placée sous le récepteur radio cachait le haut-parleur. Le tout était équipé de pieds, généralement cylindriques. Ces objets sonores étaient quasiment tous de fabrication allemande et les marques Grundig, Saba, Telefunken et Perpetuum Ebner, entre autres, mais aussi Philips occupaient le marché qui se développait doucement.

Les années 50 virent l’apparition de l’électrophone portatif ; dans ce domaine une firme française, spécialisée dans la fabrication de composants électroniques, fondée par Marcel Teppaz, a fait feu de tous bois et s’est imposée : Teppaz, symbole des surprises party et de l’époque des Yéyés. De 1945 à 1970,  la firme de Marcel Teppaz a fabriqué un million d’appareils.

Les années 50 et 60 étaient également celles des « Juke Box », ces lecteurs de disques à chargeur et changeur qu’on trouvaient dans les cafés et dont le marque Wurlitzer a fait danser nombre de gens dans les cafés et autres guinguettes. Wurlitzer, un fabricant américain auquel on doit également des orgues du même nom dont les deux exemplaires identiques les plus prestigieux trônaient dans deux cinémas : le Radio City à New York et le Gaumont Palace, place Clichy à Paris.  Pour la petite histoire j’ai eu entre les mains le disque du dernier enregistrement réalisé sur le Wurlitzer du Gaumont Palace par Gilbert Leroy, le titulaire de l’orgue avant la démolition de ce cinéma.

Dans les cafés, à cette époque lointaine maintenant, trônait aussi, souvent à côté du Juke Box, un étrange appareil au nom curieux que l’on animait, comme le Juke Box, en mettant des pièces de monnaie et qui diffusait des images en noir et blanc, sortes de clips vidéo avant l’heure : le « Scopitone », un appareil inventé par un grand cinéaste, un certain Claude Lelouch diffusait de petits films que les clients regardaient en prenant l’apéritif entre copains.

Puis vinrent la fin des années 50 et 1958, en particulier, qui fut le point de départ de la stéréophonie à grande échelle qui fit faire bien des progrès à la reproduction sonore puisque c’est à cette époque que le terme de « Haute Fidélité » est apparu, obligeant les équipements à devenir plus volumineux puisque pour la première fois la prise de son et la reproduction sonore comportaient deux canaux distincts et donc deux reproducteurs, un gauche et un droit ; comme nos oreilles, permettant ainsi de restituer séparément les informations captées lors de la prise de son.

C’est donc à cette époque que sont apparus certains pionniers dont les noms brillent et scintillent au « Panthéon de la reproduction sonore ». Je citerai, en premier lieu, un physicien, musicien et constructeur français, descendant de plusieurs générations de luthiers du nom de Georges Cabasse dont la conception et la production des produits prennent naissance à Kergonan, à proximité de Brest et dont la fabrication des reproducteurs a débuté en 1950. Pour la petite histoire la firme Cabasse a réalisé, en 1952, la sonorisation du cinéma « le Grand Rex » à Paris et a créé des reproducteurs amplifiés et asservis qui ont équipé les auditoriums de la Maison de la Radio, devenue depuis Radio France.  Il est à noter que la firme Cabasse possède, depuis 1959, l’une des plus grandes chambres sourdes au monde d’une surface de 2000 mètres carrés lui permettant de procéder à des essais acoustiques. La firme Cabasse bénéficie, encore de nos jours, d’une réputation qui a dépassé depuis longtemps les frontières de l’hexagone pour la qualité de sa production et qui garantit ses hauts parleurs à vie au premier acquéreur.

Comment ne pas citer André Charlin dans les pionniers ? Il a sa place au « Panthéon de la reproduction sonore » également puisque cet ingénieur du son est à l’origine de nombreux travaux ayant débouché sur des réalisations concrètes : les premiers microsillons, la prise de son en tête artificielle et le reproducteur électrostatique pour ne citer que quelques unes de ses réalisations marquantes. Pour la petite histoire André Charlin a été le premier à faire une démonstration de stéréophonie en 1934 en sonorisant le film Napoléon d’Abel Gance.

Je vais citer, en bonne place également dans ce « Musée des merveilles », Pierre Clément, génial inventeur français ayant fait une grande partie de sa carrière professionnelle en travaillant pour la radio et la télévision française mis aussi pour la firme allemande Schlumberger » ; Pierre Clément auquel on doit, entre autres choses, la première platine de gravure de disques mais aussi la première platine de lecture équipée d’un bras tangentiel, une platine ayant pour référence « AB 1 » sur laquelle la cellule suit parfaitement le sillon sans aucune erreur de lecture puisque le bras est parfaitement parallèle au diamètre du disque. Ce principe a été repris par quelques marques avec plus ou moins de bonheur parmi lesquelles on peut citer Harman Kardon et sa platine Rabco, Bang et Olufsen, une marque danoise adepte de design mais également une marque française, quelque peu ésotérique du nom de Goldmund qui commercialisait, dans les années 90, deux bras tangentiels équipant les deux platines de la marque : la « Studio » et la « Studietto »

Puisque j’en suis à parler platines de lectures, je citerai une marque ayant eu, grâce à l’un de ses modèles, la Garrard 401, son heure de gloire auprès des amateurs avertis. Cette platine a même été utilisée par les professionnels de discothèque. Elle était lourde et le plateau était entrainé par un galet ; on lui adjoignait souvent le bras SME 3012, un bras de lecture long de façon à réduire l’erreur de piste lors de la lecture.

Dans le panthéon des marques de platines on trouve également Thorens, une marque suisse fabricante de platines tourne disques qui a montré sa maitrise des problèmes de lecture en créant une platine de folie dont le nom « Die Referenz » annonce à lui seul la couleur : une platine pesant pas moins de 60 kilos. Goldmund, marque déjà citée,  a commis, pour sa part la «Référence », une platine en méthacrylate de plus de 100 kilos équipée de son bras tangentiel, bien sur.

Après les platines venant en aux reproducteurs de son et à leurs pères concepteurs. Un nom s’inscrit au Panthéon de la reproduction sonore c’est celui de Joseph Léon qui fut directeur de la firme Elipson, la plus ancienne entreprise française de fabrication de reproducteurs sonores à être toujours en activité et qui a débuté la fabrication de ses produits en 1938. Joseph Léon, ingénieur des Arts et Métiers entra chez Elipson en 1948 et fut à l’origine du renom de la firme qui équipa l’ORTF de reproducteurs particuliers, puisque certains modèles étaient en staff et sont encore utilisés aujourd’hui. Joseph Léon fut décoré de l’Ordre du Mérite pour la recherche et l’invention en 1962. Le slogan d’Elipson a été de nombreuses années durant : Elipson, la perfection du son. Pour la petite histoire Joseph Léon a un fils qui fabrique lui-aussi des enceintes acoustiques qui portent son nom : Pierre Etienne Léon, que j’ai bien connu.

Pour en revenir aux pionniers il faut citer également Peter J. Walker, le fondateur, en 1936, de la Firme Quad Acoustical Limited, firme britannique commercialisant les célèbres enceintes électrostatiques Quad ainsi que les amplificateurs à lampes Quad, notamment le « Quad 2 », un ampli à lampes de 15 watts en pure classe A, une merveille de reproduction musicale, tout comme les panneaux électrostatiques de la firme, des produits très traditionnels issus de la théorie du « fil droit avec du gain » théorie chère à Quad que l’on peut résumer ainsi : lors de l’amplification et de la reproduction d’un signal musical, ce dernier doit traverser le minimum de composants pour être le plus possible conforme à l’original.

Il est un autre nom qui figure parmi les pionniers c’est celui de Siegfried Klein , l’inventeur en 1957, je crois, d’un haut parleur sous marin baptisé « Ionophone » qui fonctionnait suivant le principe du plasma et qui a donné naissance à des enceintes acoustiques dont la partie haute du spectre sonore est assurée par une sphère renfermant une électrode polarisée qui génère un orage magnétique à l’intérieur de ladite sphère. Ces enceintes acoustiques ont été commercialisées par la firme allemande « Magnat », le plus grand fabricant allemand d’enceintes acoustiques.

Pour continuer cette revue de détails je parlerai de Jim Whiney, un concepteur américain qui a perfectionné, au début des années 1970, une invention due à l’israélien Gamson, je crois, le haut parleur plan baptisé « Magneplanar » : un reproducteur isodynamique extra plat se présentant sous forme d’un panneau, ressemblant à un paravent couplé avec un transducteur à ruban pour la reproduction de l’aigu et de l’extrême aigu, ceci dans le même panneau. Le tout pouvait être couplé avec des panneaux pour la reproduction de l’extrême grave, toujours isodynamiques.

Enfin, pour finir, j’évoquerai rapidement la firme américaine « Apogee » qui conçoit des reproducteurs fonctionnant suivant le principe du « tout ruban », à l’exception du haut de gamme de la marque, le fleuron de la production, un système démentiel, dans la plus pure tradition américaine, se nommant « Apogee Grande » et se composant de deux immenses panneaux trapézoïdaux couplés avec des caissons de grave, renfermant, pour chacun des panneaux, d’une hauteur approximative de 2 mètres 40 et d’une largeur supérieure au mètre, un haut parleur de 38 centimètres de diamètre asservi par un amplificateur de 500 watts. Le poids de l’ensemble des deux panneaux dépasse les 500 kilos. Tour de rein garanti lors de l’installation…

J’ai eu le privilège rare, à plusieurs reprises, de pouvoir écouter ce système indescriptible au plan des émotions qu’il est en mesure de générer grâce à un ami avec lequel j’ai travaillé en étroite collaboration près de quinze ans durant : l’importateur français de la marque « Apogee » en la personne de Philippe Demaret, qui préside, depuis plus de trente ans aux destinées de la société « Europe Audio Diffusion ». Ce système est véritablement, à mon sens mais aussi à mes oreilles, l’apogée de la reproduction sonore à tous points de vue.

Il est vrai que si l’on cherche à approcher la perfection, les moyens mis en œuvre pour tenter d’y parvenir donnent des systèmes démesurés, à tous points de vue, à commencer par leurs prix.

L’avènement du semi-conducteur, au milieu des années 60, à mis à mal les circuits d’amplification basés sur les tubes à vide, autrement dit les lampes : triodes et pentodes pour les plus connues sonnant le glas des amplificateurs utilisant la technologie du type sus mentionné.  Les spécialistes prédisaient, à court terme, la mort de la lampe.

Le tube entrait alors dans la légende, ne générant plus que de rares productions marginales jusqu’au jour où, un certain William Zune Johnson, Président fondateur d’une compagnie qui allait beaucoup faire parler d’elle, commercialisa, au tout début des années 70, des électroniques hybrides utilisant le meilleur des deux technologies : la firme « Audio Research Corporation » était née et continue, avec un égal bonheur encore aujourd’hui, de jouer la carte de la qualité extrême en créant des produits uniques, dignes successeurs des mythiques « D150 Autograph », une rareté, « D79 », « SP6 » et l’exceptionnel « SP 15 », un préamplificateur se présentant en deux boitiers : l’un contenant les alimentations et le second les circuits de préamplification – une bête de course de près de 15 kilos, pas moins : une merveille, jamais dépassée et rarement égalée, au plan qualité de reproduction musicale, s’entend. Le seul « rival » qu’on pouvait raisonnablement lui opposer était un autre préamplificateur, américain également, ayant pour nom « Mark Levinson », du nom de son père concepteur et pour référence « ML 6 ». L’un comme l’autre restent des références hors normes, incontournables dans le domaine de la reproduction musicale de qualité absolue.

Les portes du temple vont se refermer doucement sur ces hommes ayant élevé, au rang d’art, leur passion pour la reproduction musicale.

Je dédie mon article à tous les heureux passionnés et mélomanes de tous crins (d’archets, bien sur) qui ont la chance de pouvoir vivre en compagnie de systèmes de reproduction sonore de qualité tutoyant quelquefois le sublime.

Ecrivainparisien

 

 

 

 

 

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Les chroniques de la place

Billet n° 1524

Avant-propos

Je dédie cet article à l’âme de Troy Davis, citoyen américain, exécuté le 22 septembre 2011 à 5 heures 08, heure de Paris, tout autant qu’à Gilles Milecan, rédacteur en chef de la Libre Belgique ainsi qu’à Denis Seznec, Président de France Justice et à Maitre Robert Badinter, ancien Garde des Sceaux et Ministre de la Justice, cheville ouvrière et maitre d’œuvre du projet ayant fait aboutir, fin 1981, la loi entérinant l’abolition de la peine capitale en France lors du premier septennat du Président François Mitterrand.

 

Grandes et petites affaires du siècle passé.

Non, non, chères lectrices et lecteurs, je ne vous parlerai pas, aujourd’hui, de la cassette de diamants de l’oncle Picsou, le Verchuren de la politique qui savait s’inviter à diner chez les bourgeois, pas plus que je ne vous entretiendrai de l’amnésie du seigneur de Bity dont la demeure, au passé « chargé d’histoire » (histoires ?), a été classée monument historique en 1969, un mois après son acquisition par l’actuel propriétaire qui n’y séjourne qu’une fois par an ; une demeure officiellement décrite dans la déclaration du Journal officiel, « résidence secondaire élevée sur caves ».

La description précise que la résidence comporte un « rez-de-chaussée de quatre pièces, premier étage de six pièces, grenier sur le tout, comportant une maison de gardien et dépendances, cour, jardin », etc. En bref, un château. Le tout, sur un total de plus de dix hectares, est aujourd’hui estimé à 500 000 euros ; une estimation grandement sous-évaluée, à mes yeux de citoyen ordinaire et dont l’entretien annuel reste à la charge de l’Etat puisque ladite « résidence secondaire élevée sur cave » est classée monument historique et donc, en clair, à la charge du contribuable.

Puisque j’en suis à parler coûts, non pas coups –de bâtons-, que mériteraient certains, mais coûts d’entretien, au début de l’an de grâce début 2001, le journal France-Soir a publié une enquête indiquant que la simple surveillance du Château de Bity coûte à l’Etat français, donc à « monsieur tout le monde », la bagatelle de 420 000 euros par an. Une goutte d’eau dans l’océan des dépenses somptuaires engagées par ceux qui nous exploitent et qui ont régulièrement les honneurs de la presse écrite et télévisuelle. Ces honneurs, ils les ont quelquefois aussi par l’intermédiaire d’ouvrages les concernant, écrits par des auteurs ou des journalistes ou parfois par eux-mêmes, avec quelquefois l’aide de gens de plume.

Mais ils n’ont quasiment pas eu les honneurs de la pellicule argentique, sauf erreur de ma part, contrairement aux personnes dont les affaires portent généralement le nom et qui ont presque tous eu leur ou leurs films et dont je vais parler maintenant.

Abandonnons donc, si vous le voulez bien, sans regrets, mais pas sans amertume, la Corrèze et ses bruyères, immortalisées par Jean Segurel, accordéoniste de talent, pour nous rendre plus au nord, quelque part en pays breton, du côté de Plourivo, un gros bourg, de moins de 1500 âmes, situé dans le département des Côtes d’Armor qui, à l’époque d’une affaire ayant fait grand bruit, se nommait les Côtes du Nord.

1923 : Pierre Quemeneur, homme politique breton, conseilleur général, un homme influent et immensément riche d’une fortune acquise durant la grande guerre et pour laquelle le fisc lui réclamera des « comptes » une fois la paix revenue, a vent d’une affaire « juteuse » arrivant à ses oreilles. Des stocks importants de véhicules, pour la plupart des « Cadillac », ont été rétrocédés à la France par l’armée américaine en quittant le sol européen en 1918 et laissées à l’abandon dans des champs, en pays breton.

Pierre Quemeneur, négociant et partie prenante dans de multiples activités commerciales apprend donc l’existence de ces stocks et connait même des acquéreurs intéressés par ces véhicules : en l’occurrence les bolchéviques, victorieux de la grande révolution de 1917 ayant vu la fin du régime tsariste au profit d’un régime dirigé et géré par des représentants du peuple : l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques. Mais les bolchéviques ne peuvent pas traiter officiellement cette affaire, compte-tenu du contexte politique en vigueur dans leur pays et confient leurs intérêts à un intermédiaire. Pierre Quemeneur est dans la même situation que les bolchéviques puisqu’il est homme politique et doit donc trouver un prête-nom pour traiter l’affaire.

De par ses activités commerciales, en particulier celles en rapport avec le bois, un matériau qui l’a rendu immensément riche puisqu’il faisait commerce de poteaux pour étayer les galeries du champ de bataille lors de la grande guerre, Pierre Quemeneur rencontre donc, dans le cadre de ses affaires de bois, le patron d’une petite scierie, un certain Guillaume, Joseph, Marie, Seznec. Au début du siècle dernier il n’était pas simple d’assumer son appartenance à la Bretagne, à tous points de vue et les deux hommes avaient voulu sortir de leur modeste condition et y étaient parvenu, mais pas par des voies identiques cependant, cela dit en passant ; mais, ce trait de caractère commun chez l’un et l’autre avait fait naitre une réelle et solide amitié entre eux. Chacun sait qu’on peut confier des secrets à un ami et Pierre Quemeneur avait donc présenté à Guillaume, Joseph, Marie, Seznec, l’affaire des « Cadillac », faisant miroiter, à ses yeux, de substantiels bénéfices pour l’un et l’autre.

Quemeneur, homme politique brillant et avisé, à la verve et à l’éloquence naturelles avait convaincu facilement Seznec de s’associer au projet.

Un rendez-vous avec l’intermédiaire des bolchéviques avait été pris par Quemeneur et ce rendez-vous devait avoir lieu à Paris. Quemeneur et Seznec devaient s’y rendre avec une des « Cadillac » pour montrer la marchandise à l’intermédiaire afin d’emporter le marché.

Ils avaient donc quitté leur Bretagne natale à bord de l’une des « Cadillac » provenant du stock pour se rendre à Paris. Les « Cadillac » étant restées immobilisées durant près de cinq ans n’étaient pas au mieux de leur « forme » mécanique et la Cadillac, conduite par Seznec, tomba en panne en pleine nuit aux environs de Dreux, refusant de repartir. Quemeneur prit le train à la gare de Dreux et ne réapparut plus dès lors. Seznec ayant été le dernier à avoir vu Quemeneur vivant fut accusé, jugé et condamné pour le meurtre du conseiller général, bien qu’il ait toujours nié farouchement les faits lui ayant été reprochés et bien qu’également le corps du « présumé mort » n’ait jamais été retrouvé.

En droit français il me semble me souvenir qu’un « assassin présumé » ne peut être condamné en l’absence de preuve, en l’occurrence le cadavre et celui de Quemeneur n’a jamais été retrouvé comme je le disais plus avant ; mais le jury, chargé de juger Guillaume, Joseph, Marie, Seznec le 3 novembre 1924 n’a pas tenu compte de cet élément et l’a condamné aux travaux forcés à perpétuité ne suivant pas l’avis de l’Avocat Général qui avait réclamé la peine de mort ; le jury considérant qu’il n’y avait pas préméditation.

Seznec fut déporté au bagne de Saint-Laurent-du-Maroni en 1927. Guillaume, Joseph, Marie Seznec a refusé une grâce présidentielle en 1933 ; après la fin de la seconde guerre mondiale et suite à la fermeture définitive du bagne de Cayenne, Seznec a bénéficié d’une remise de peine en 1946 et a rejoint la métropole en 1947 ; Seznec a été contacté en 1953 par André Cayatte, célèbre cinéaste et ancien avocat qui lui a proposé de jouer son propre rôle dans un film qu’il avait l’intention de réaliser pour raconter sa vie et son enfer.

Seznec, au début réticent, a fini par accepter et alors qu’il se rendait à un rendez-vous donné par André Cayatte il fut renversé, en sortant de chez lui, par une camionnette dont le conducteur a continué sa route et qui a dit aux enquêteurs qui l’ont retrouvé qu’il n’avait rien vu.

Guillaume, Joseph, Marie Seznec est mort des suites de ses blessures le 13 février 1954.

Les bretons sont gens opiniâtres et persévérants et la famille ainsi que nombres d’amis, convaincus de l’innocence de Seznec ont continué la lutte dans le but de faire réhabiliter la mémoire de l’homme de Cayenne et en tout premier lieu son petit-fils, Denis Le Her-Seznec.

La famille de Seznec, par l’intermédiaire de Denis, son petit-fils, a donc présenté quatorze demandes de révision du procès de son grand-père aux fins de blanchiment et de réhabilitation de sa mémoire. Toutes ces demandes ont été rejetées.

La commission de révision des condamnations pénales a cependant accepté, le 11 avril 2005, de rouvrir le dossier de la condamnation pour meurtre de Guillaume Seznec. Cette décision pouvait ouvrir la voie à une éventuelle annulation de la condamnation prononcée en 1924 à son encontre. La Chambre criminelle de la Cour de cassation, statuant comme Cour de révision, a examiné ce dossier le 5 octobre 2006.

Le 14 décembre 2006, l’annulation de la condamnation de Seznec a été rejetée par la Cour de révision qui a estimé qu’il n’y avait aucun élément nouveau susceptible de faire naître le doute sur la culpabilité de Guillaume Seznec, constatant que l’existence d’une machination policière telle qu’alléguée est matériellement impossible et que la participation de l’inspecteur Bonny à une machination policière n’a pas été prouvée, bien que l’inspecteur Pierre Bonny ait été révoqué de la police en 1935 pour faute grave. D’autre part, Pierre Bonny a été, durant la seconde guerre mondiale, l’un des deux responsables de la Gestapo française. Il a d’ailleurs été condamné et fusillé pour ces actes en décembre 1944.

Pour en revenir à l’Affaire Seznec, celle-ci semble close, une nouvelle demande de révision étant improbable. La famille Seznec avait dans un premier temps manifesté l’intention de saisir la « Cour Européenne des Droits de l’Homme », mais sur les conseils de ses avocats, elle y a renoncé.

Denis Seznec est aujourd’hui responsable de l’association « France Justice », une association membre du Comité français des organisations non gouvernementales (ONG) auprès de l’ONU.

Pas moins de dix huit ouvrages traitent de l’Affaire Seznec. D’éminents hommes de radio et de télévision ont consacré des émissions à l’Affaire Seznec, à commencer par Marcel Jullian, Pierre Bellemarre ainsi que Frédéric Pottecher, un journaliste vosgien né à Bussang et sans doute le plus grand chroniqueur judiciaire du siècle dernier qui a couvert l’ensemble des grands procès du siècle et consacré, dans les années 60, un reportage à l’Affaire Seznec pour le compte de « Cinq colonnes à la une »

Yves Boisset, metteur en scène que l’on ne présente plus, homme engagé dans les grandes causes et auteur, entre autres films, de « Dupont la joie », « Ras » et « le Juge Fayard, dit le Sheriff » a réalisé un film sur l’Affaire Seznec. J’ai eu l’occasion, pour la petite histoire, d’assister au tournage d’une scène du film, scène se déroulant devant le Palais de Justice de Nantes.

Robert Hossein a, pour sa part, mis en scène une pièce de théâtre : « Un procès impitoyable », traitant elle aussi de l’Affaire Seznec.

Le groupe nantais « Tri Yann », groupe musical, créé en 1973, qui perpétue et continue de faire vivre, entre autres choses, les traditions bretonnes, a consacré une partie de son album « Portraits » à l’Affaire Seznec.

L’Affaire Seznec a même eu droit de cité en bandes dessinées, grâce à Jean-Marie Digout, auteur de « Passeport pour la Guyane » aux « Éditions de l’Homme en Noir » mais aussi de « l’Affaire Seznec » chez le même éditeur.

Tout ça pour dire que si nombre de gens, dont je suis, restent convaincus, en leur for intérieur, de l’innocence de Guillaume, Joseph, Marie Seznec, cela n’est aucunement du au hasard.

C’est le hasard, par contre, qui a conduit trois anglais de la même famille, le père, la mère et leur fille, en vacances dans le sud de la France, a faire une halte sur la Route Nationale 96, le 4 août 1952 à cent soixante cinq mètres d’une ferme appartenant à la famille Dominici.

Ces trois personnes ont été assassinées ce jour là.

La justice a accusé du triple meurtre de cette famille anglaise Gaston Dominici, le patriarche de la famille, âgé de 75 ans au moment des faits et l’a condamné à mort sans que sa culpabilité ait pu être clairement établie. L’Affaire a fait grand bruit, là aussi et nombre de journalistes français et étrangers ont couvert l’évènement. Gaston Dominici a finalement été gracié par le Général de Gaulle en 1960.

Une autre affaire a fait également grand bruit quelques années plus tard mais en lorraine cette fois. Guy Desnoyers, jeune curé de la paroisse d’Uruffe, une commune de Meurthe et Moselle, de 392 âmes a commis, avec un cynisme machiavélique, deux meurtres écœurants, totalement indignes d’un homme d’église mais aussi d’un homme, tout court.

Dès 1953 Guy Desnoyers entretient des relations avec plusieurs femmes de la région, en particulier des mineures. En décembre 1953 il conçoit un enfant avec une adolescente de 15 ans. Suite aux rumeurs courant dans le village il persuade la jeune future mère d’aller accoucher dans l’Ain et d’abandonner l’enfant du péché. Son évêque, mis au courant des faits rend visite à son prêtre qui l’implore de croire à son innocence et l’évêque renouvelle sa confiance à Guy Desnoyers.

En 1956, Guy Desnoyers entretient une relation avec une jeune ouvrière de 19 ans qu’il avait séduite au cours d’une activité théâtrale et qui va bientôt porter le fruit des amours coupables du prêtre. Il persuade le père de la jeune femme que le père du futur enfant est un jeune homme parti pour la Guerre d’Algérie mais peu de gens dans le village croient à cette histoire. La jeune femme promet de garder le silence sur la paternité de l’enfant mais refuse d’accoucher clandestinement, d’abandonner son enfant ou d’avorter.

Le 3 décembre 1956, peu avant la date prévue pour l’accouchement, Guy Desnoyers prend peur et emmène la jeune femme en voiture sur une route déserte. Il arrête sa voiture près d’un bosquet et propose à la jeune femme, par deux fois, de lui donner l’absolution. Etonnée, celle-ci refuse et s’éloigne à pied. Guy Desnoyers la suit, tenant son revolver 6,35 à la main. Il tire alors à trois reprises sur sa maîtresse dans la nuit noire. Sitôt après l’avoir tuée, il l’éventre, sort l’enfant, une petite fille qu’il baptise. Il la tue à coups de couteau, puis lui taillade le visage afin d’effacer toute éventuelle ressemblance. Il pousse ensuite la mère et son enfant dans un fossé.

Comment peut-on, lorsqu’on est un homme, qui plus est ecclésiastique, commettre de telles monstruosités, de telles « choses » que le français, langue pourtant richissime ne peut aucunement traduire par des mots suffisamment forts pour qualifier une telle barbarie ? Les poils de mes avant-bras en frémissent d’indignation.

Dès le lendemain, Guy Desnoyers organise lui-même les recherches pour retrouver la jeune femme, tout en prétendant qu’il connaît le meurtrier mais qu’il lui est impossible de le dénoncer à cause du secret de la confession auquel il est lié. Cependant, une amie de la jeune femme confie à la police que celle-ci lui avait dit que le curé était le père. Guy Desnoyers nie avec véhémence. Il est rapidement acculé à révéler la vérité par la rumeur, d’autant plus qu’une douille de calibre 6.35 a été retrouvée à l’endroit du crime et qu’il a justement un permis de port d’arme pour ce calibre. Le 5 décembre 1956, quarante huit heures après l’assassinat, il finit par avouer son crime.

En cette période d’Aven et de Saint-Nicolas, l’affaire fait grand bruit. Il est écroué en prison sous un faux nom pour éviter toute vengeance. L’Église organise des cérémonies expiatoires pour ses crimes.

A l’époque, toute la France est horrifiée par ce double crime odieux. Le procès débute à la Cours d’Assises de Nancy le 24 janvier 1958, un an après les faits. La foule massée au palais de justice réclame la peine de mort.

Le 26 janvier, après deux jours de procès, le procureur donne raison à la foule dans son réquisitoire :

« Je ne sais si ce Dieu que vous avez ignominieusement servi aura pitié de vous à l’heure, peut-être proche, de votre mort. Moi, je ne connais que la justice des hommes et je sais qu’elle ne peut vous pardonner.« 

L’avocat de la défense lui répond :

« Je vous demanderai de ne pas le faire mourir. Ce droit n’appartient à personne. La loi permet de punir sans faire mourir.« 

Avant les délibérations des jurés, Guy Desnoyers fait une dernière déclaration :

« Je suis prêtre, je reste prêtre, je réparerai en prêtre. Je m’abandonne à vous parce que je sais que devant moi vous tenez la place de Dieu.« 

Après une heure et quarante minutes de délibération, les sept jurés rendent leur verdict. A toutes les questions posées (sur le double crime, sur l’infanticide et sur la préméditation), les réponses des jurés ont été « oui» à la majorité. Toutefois on reconnut à l’accusé des circonstances atténuantes, ce qui lui permit d’échapper à la peine capitale. Il fut alors condamné aux travaux forcés à perpétuité.

En août 1978, après vingt-deux ans de détention, Guy Desnoyers est devenu le plus ancien prisonnier de France. Il obtient une libération conditionnelle. Il se retire alors en l’abbaye Sainte-Anne de Kergonan à Plouharnel dans le département du Morbihan, où il meurt le 21 avril 2010 à l’âge de 90 ans.

Je reste convaincu que l’âme de cet ignoble criminel ne siègera jamais à la droite du Grand Homme, qui, bien que faisant état, en permanence, de la plus grande des mansuétudes ainsi que de la plus parfaite sagesse à l’égard de l’homme qu’il a crée à son image, ne peut, en aucune façon, comprendre, pardonner et absoudre de tels gestes.

Là encore, dans cette Affaire, des ouvrages, journaux et films ont parlé en long en large et en travers de ce monstre inhumain, mais aussi Pierre Bellemarre, un grand homme de radio qui a consacré une émission à cet horrible fait divers.

Dernière Affaire que je vais évoquer, bien qu’il y en ait d’autres, comme celle du petit Grégory Villemin, retrouvé ligoté dans la Vologne, je vous parlerai d’un certain pull over rouge, objet de deux films traitant de l’Affaire.

Cette Affaire quelle est-elle ?

L’enlèvement puis la découverte d’une fillette de 8 ans, gisant sans vie au fond d’une champignonnière à proximité d’un pull over rouge.

Christian Ranucci, coupable présumé de l’enlèvement puis du meurtre de la fillette passe aux aveux après 17 heures de garde à vue. Un certain nombre d’éléments plaide en la faveur de l’accusé quand d’autres l’accablent de manière indiscutable. Les jurés de la Cour d’Assises d’Aix-en-Provence le condamnent à la peine capitale. Le pourvoi en cassation formé par les trois avocats de Christian Ranucci est rejeté et le recours en grâce lui est refusé par le Président de la République, Valery Giscard d’Estaing.

Le 28 juillet 1976, à 4 heures 13, Christian Ranucci est guillotiné dans la cour de la prison des Baumettes à Marseille.

Il est l’antépénultième (avant dernier) condamné à mort à avoir été exécuté en France et le dernier à l’avoir été par André Obrecht, l’exécuteur des hautes œuvres, en d’autres termes le bourreau « officiel »

Plusieurs ouvrages ont traité de cette Affaire, certains à charge, d’autre à décharge.

A la lecture de nombre d’éléments de cette Affaire il s’avère que, là encore, des zones d’ombres et quelques évidentes contradictions plaident en faveur de l’accusé.

La quasi-totalité de ces Affaires, hormis celle du curé d’Uruffe, comporte un point commun : la culpabilité, pas du tout certaine ou pas suffisamment démontrée des accusés et le doute, dans ces cas d’espèce, n’a pas profité aux accusés comme le prévoit pourtant la loi. Si ces procès d’assises s’étaient déroulé de nos jours, il y a fort à parier qu’avec les progrès faits par la police scientifique ainsi qu’avec l’aide du fichier ADN, certains condamnés à la peine capitale n’auraient pas subi la mort dans le même contexte, bien sur, puisque la peine capitale a été abolie fin 1981par une loi dont le maitre d’œuvre a été Maitre Badinter, Garde des Sceaux et Ministre de la Justice durant le premier septennat du Président François Mitterrand.

Pour ce qui concerne le curé d’Uruffe, les jurés, bien qu’ayant répondu par l’affirmative à toutes les questions posées, ce qui aurait du valoir la peine capitale à Guy Desnoyers, ont commué sa peine en prison à perpétuité, lui accordant des circonstances atténuantes. Pour ce qui me concerne, la manière odieuse dont Guy Desnoyers a commis ses crimes, lui aurait plutôt valu, à mes yeux, des circonstances aggravantes. Mais, je dois dire que je n’étais pas juré lors de ce procès et qu’en tant que citoyen je respecte le verdict rendu par la justice même si je pense que, dans le cas d’espèce, ladite justice a fait preuve de clémence à l’égard du condamné. Par peur, peut-être, des foudres du Seigneur, nous ne le saurons jamais !

Ecrivainparisien

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Les chroniques de la place

Billet n° 1523

 

 

Branle-bas de combat dans Landerneau

 

 

Le coup passa si près que le chapeau tomba et à quatre pas d’ici je vous le fais savoir ; par pamphlet interposé…

 

 

Dormez tranquille

 

 

Bien sur, il y a eu cette magistrale déculottée intervenue hier

C’est à croire qu’ils m’en veulent tous et me font des misères

Bien sur, il y a ces maudites valises qui me cassent les pieds

Mais, quoi qu’il puisse arriver, dormez tranquille, je vais assurer.

 

 

Bien sur, les banques ont encore déconné lamentablement

Tous ces banquiers n’en font qu’à leur tête véritablement

Bien sur, Brice est sur la sellette, ça sent vraiment le cramé

Mais, quoi qu’il puisse arriver, dormez tranquille, je vais assurer.

 

 

Bien sur, la Grèce persiste à jouer les cancres, rien ne va plus

Merkel me met des bâtons dans les roues, j’en suis convaincu

Bien sur, Chirac a été vraiment malin, sa mémoire s’est effacée

Mais, quoi qu’il puisse arriver, dormez tranquille, je vais assurer.

 

 

Bien sur, mon orgueil hors norme en prend souvent un sale coup

J’aimerais tant qu’Aubry, Hollande et les autres soient au trou

Bien sur, Marine marche sur mes platebandes et veut m’écraser

Mais quoi qu’il puisse arriver, j’en ai marre, je rends mon tablier !

 

 

Lataupe, pamphlétaire

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La reine offerte à des reines

Un présent royal !

Ecrivainparisien

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Les chroniques de la place
Billet n° 1522

Bienvenue chez les « Chtis »

Le cheminement et la forme de pensée de mon esprit sont quelquefois troublés ou plus précisément parasités par une inspiration faisant irruption de nulle part et cette inspiration, chose insaisissable et quelque peu capricieuse m’amène parfois assez loin d’une idée que je souhaitais développer pour les lectrices et lecteurs du forum.

Je m’apprêtais à rédiger un article concernant un ami espagnol exerçant ses talents dans le TGV, puisque Luc est contrôleur SNCF, lorsque j’ai reçu un message d’amical salut émanant d’une amie, originaire de Liévin, la terre, le fief ; le cœur du bassin minier, une région dans laquelle les gens sont surnommés les « Chtis », diminutif de « Chtimis », en patois du Nord.

Cette région minière a une longue histoire, jalonnée de drames, causés par deux ennemis jurés des « gueules noires » d’antan, autrement dit des mineurs, ces travailleurs exerçant un métier particulièrement pénible : la silicose, une maladie professionnelle qui a fait des ravages dans leurs rangs mais aussi le grisou, un gaz hautement explosif qui s’accumulait dans les galeries faisant, lorsqu’il explosait, des dizaines, voire des centaines de morts.

Liévin, la cinquième ville du département du Pas de Calais, cœur du pays minier tout comme l’ensemble du département lui-même, ainsi que le département voisin, le Nord, sont des terres d’asile et des terres d’accueil qui ont vu arriver, au début du siècle dernier, notamment dans le bassin minier, nombre d’étrangers, particulièrement des polonais, venus offrir leurs bras pour remonter le charbon des entrailles de la terre ; cet « or noir » qui a fait la force économique et la prospérité de la région durant près de 70 ans.

La terre des « Chtis » et ses cités minières, appelées les « corons », constructions de briques rouges alignées au cordeau, étaient le royaume des « gueules noires » ; des gens au cœur généreux pour lesquelles le mot « solidarité » avait droit de cité en permanence ; des gens, jouant presque tous d’un instrument de musique, faisant ainsi honneur à Sainte-Cécile, la patronne des musiciens. Ils jouaient régulièrement dans des fanfares ou des cliques, notamment le 4 décembre de chaque année en l’honneur de Sainte-Barbe, la patronne des mineurs tout autant que celle des armes du feu comme les pompiers, les sapeurs, les démineurs et les artilleurs, entre autres.

Ces corons ont été immortalisés par un certain Pierre Bachelet, dans une chanson magnifique d’émotion ; Pierre Bachelet, que d’aucuns avaient surnommé le nouveau « Brel », chanteur et auteur compositeur ayant écrit la musique du film Emmanuelle, entre autres choses.

Aujourd’hui, seuls des vestiges témoignent de l’activité régionale du siècle dernier puisque les mines ont disparu ; je citerai, en premier lieu, les terrils, ces résidus issus de l’extraction du charbon formant des collines noires dont certains ont été transformés en pistes de ski artificielles. Une belle reconversion dont l’idée originale est à mettre au crédit du Conseil Général, je crois.

La terre des « Chtis » a la réputation, pas totalement justifiée à mes yeux, d’être une terre sans soleil sur laquelle, d’après les paroles de la chanson « Les gens du Nord » interprétée par Enrico Macias, les gens ont le soleil dans le cœur qu’ils n’ont pas dehors.

C’est certainement exact, pour ce qui concerne le soleil du cœur des gens du Nord mais, pour parler du Dieu « Ra », je peux dire que j’ai eu l’occasion d’assister, il y a des années, à une conférence donnée par un commandant de gendarmerie qui expliquait, qu’au plan des statistiques, la région Nord Pas de Calais était la région française qui comptabilisait quasiment le plus d’accidents causés par les éblouissements dus au soleil.

La terre des « Chtis » c’est aussi le royaume des « coulonneux », ces passionnés de colombophilie, autrement dit les amateurs de courses de pigeons voyageurs. Ces coulonneux, particulièrement actifs, encore aujourd’hui, se livrent des batailles pacifiques par pigeons voyageurs interposés ; une activité régulière particulièrement suivie dans la région.

Il est aussi, en terre nordique, un sport peu connu pour ne pas dire inconnu du grand public : le javelot tir sur cible.

Ce sport « régional », apparu au début du siècle dernier dans la région Pas de Calais se déroulait généralement dans les cours de cafés. Il existe encore aujourd’hui et a même sa fédération et son Championnat de France. Ce sport compte de très nombreux clubs dans le Pas de Calais mais aussi dans le Nord tout autant que dans la Somme. Quelques clubs, non issus de la région Nord, sont rattachés à la Fédération française et participent au Championnat de France ; c’est le cas de Florange, en Moselle mais aussi de Livry-Gargan en région parisienne ainsi que de Saint-Paul de la Réunion dans la lointaine Ile Bourbon.

D’après les souvenirs que j’ai conservés en mémoire pour avoir filmé plusieurs compétitions de javelot tir sur cible, le fameux javelot est réglementé et doit peser approximativement entre 250 et 450 g. Son empennage est constitué de plumes, généralement multicolores du plus bel effet ; des plumes d’Eiders du Canada exclusivement et sa longueur totale est d’environ 50 centimètres. Il existe des modèles de javelots pour droitiers mais aussi pour gauchers.

Le but de ce jeu d’adresse consiste à lancer un javelot dans une cible située à 8 mètres du tireur. Le centre de la cible, peint en rouge, mesure environ 8 centimètres de diamètre ; si le javelot s’y plante le tir vaut trois points. Le javelot piqué dans le reste de la cible rapporte un point au tireur. Si le javelot atterrit dans le bâtis, le tir ne rapporte aucun point.

Les compétitions sont acharnées entre les clubs participants et l’émulation permet à certains tireurs de se surpasser.

Ce sont souvent les mêmes qui trustent les prix et les murs de leurs salons se couvrent de coupes dont le nombre augmente avec les années…

Après le palmarès et la remise des prix on s’en va prendre une bière avec les copains ; la bière c’est l’une des spécialité du Nord qui compte quelques brasseries célèbres. A Lille il est même des bars qui brassent le breuvage millénaire devant les clients.

En dégustant sa bière, cet alcool que l’on consomme normalement avec modération comme le dit le texte de loi, ce texte vaut également pour le Genièvre, un alcool fort, typiquement nordique, distillé à partir de baies données par un arbuste du nom de genévrier, on peut savourer une assiette de fromages nordiques, généralement des fromages de caractère dont certains sont classés « Appellation d’Origine Contrôlée » d’ailleurs, comme par exemple le Maroilles au goût et au corps inimitables ou encore la Boulette d’Avesnes à la saveur fortement poivrée pour ne citer que deux des fromages régionaux les plus connus.
Le Maroilles entre d’ailleurs dans la composition de certains plats typiques de la cuisine du Nord tout comme les endives, appelées également « chicons », une spécialité nordique également sans oublier les incontournables moules accompagnées de frites. N’oublions pas également une friandise connue et inventée « accidentellement » par un apprenti étourdi : la Bêtise de Cambrai.

La région est également l’un des paradis des pêcheurs à la ligne qui peuvent s’adonner à leur passe-temps favori dans les nombreux plans d’eau, rivières et fleuves de la région. Je crois me souvenir d’ailleurs que la Fédération française de Pêche au coup (FFPC), compte le plus grand nombre de pêcheurs licenciés dans le Nord de la France.

Le royaume des « Chtis » c’est aussi la terre des carillons se trouvant dans les beffrois. A la belle saison il se donne régulièrement des concerts de carillons prisés d’un public de mélomanes avertis ; le carillon de l’Hôtel de Ville de Douai est célèbre à cent lieues à la ronde, tout comme ceux d’Arras, de Béthune ou de Calais.

Puisque j’en suis à évoquer la ville de Calais celle-ci est célèbre à plus d’un titre : qui n’a pas entendu parler de la dentelle de Calais ? Et des bourgeois de Calais, célèbre sculpture due au talent du créateur du penseur : Auguste Rodin ?

Pour parler encore de beffrois, ces « montagnes » nordiques, je voudrais évoquer une curiosité qui fait la fierté des habitants de Bailleul, une cité du département du Nord.
Au sommet du beffroi de Bailleul trône, à plus de 50 mètres de hauteur, une sirène en or, se nommant Mélusine, du nom de la protectrice de la cité. J’ai eu l’occasion de parler de cette sirène dans un article que j’avais mis en ligne le 10 novembre 2006 suite au papier d’un journaliste de La voix du Nord que je reproduis ci-après :

[ Information « La voix du Nord »
La sirène de Bailleul se fait dorer à l’or fin
Les Bailleulois ne vont pas rater l’occasion de voir de près leur protectrice Mélusine, qui depuis hier, se fait dorer à l’or fin en public.
La mythique fée-sirène Mélusine est perchée depuis 1610 tout en haut du beffroi de Bailleul, à 52 M de hauteur. Girouette et protectrice de la cité, son avatar actuel (datant de 1931) avait subi récemment pour la 2ème fois les effets ravageurs de la foudre sur son miroir. Il a fallu des spécialistes pour descendre en rappel cette sirène de cuivre de 30 kg afin de la réparer. Puis, après une semaine de préparation, un spécialiste de l’entreprise Achille Martin décoration de Lille s’est attaqué au lifting de la belle afin de la redorer à l’or fin. Comme chez les esthéticiennes, Mélusine a bénéficié d’un gommage qui a décapé sa surface en cuivre. Une couche de peinture de fond, 2 d’une laque spéciale jaune et enfin une mixture idoine ont précédé la pose des feuilles d’or. Anthony Peron en utilisera pas moins de 300, d’une dizaine de cm au carré chacune, pour que la sirène retrouve son éclat et puisse remonter en haut de son beffroi.
(Propos recueillis par Christian Taffin)

Le beffroi de Bailleul et Mélusine la fée girouette

Elle veille sur la ville : au sommet du beffroi, qui culmine à 52 mètres de hauteur, la girouette représentant la sirène Mélusine protège Bailleul depuis des décennies.
Le chemin de ronde, à 40 mètres de haut, reste le summum de la visite du beffroi. Il offre une vue magnifique sur les monts de Flandre, sur les clochers des villages alentours, et même sur Lille, lorsque le ciel est dégagé. Mais il faut d’abord gravir les cent quatre-vingt-douze marches qui le séparent de la terre ferme ! (Ph Patrick Delecroix)
Détruit à plusieurs reprises, le beffroi a toujours été reconstruit Une tour carrée, symbole des libertés
Le beffroi de Bailleul, symbole des libertés communales, fut construit en pierre, la première fois au Xe siècle. À l’origine, il s’agissait d’une tour de bois qui était devenue une tour de guet.
Sa dernière reconstruction date de 1932, suite aux dégâts occasionnés par la Première Guerre mondiale. L’architecte Louis-Marie Cordonnier a conservé, à la façade, son caractère austère d’avant guerre en soulignant le style néo-flamand. Le beffroi possède une architecture typiquement flamande avec ses façades à pas de moineaux.
De l’édifice construit au XIIIe siècle ne reste plus que la base du beffroi. Il s’agit d’une salle de style gothique ayant échappé aux bombardements de la Grande Guerre. Cette salle est classée au titre des monuments historiques.
Le beffroi mesure soixante-deux mètres. En haut du clocher à bulbe culmine la légendaire fée Mélusine chargée de veiller sur la ville. Il faut gravir cent quatre-vingt-douze marches dans un escalier à colimaçon pour atteindre le chemin de ronde qui se trouve à quarante mètres du sol.
Le beffroi compte trois étages. Une première salle d’exposition rappelle, avec des représentations photographiques, que Bailleul a été détruite à plus de 98 %. Quelques marches plus haut, le visiteur découvre l’ancien mécanisme de l’horloge et les quatre «placards» qui renferment les cadrans de l’actuelle pendule. Au troisième étage, on trouve une reproduction à taille réelle de la girouette, Mélusine. Enfin, juste au-dessus, trônent les huit plus grosses cloches – qui, réunies, pèsent plus de cinq tonnes – des trente-cinq que compte le carillon. Le mécanisme de ce dernier n’est, ni plus ni moins, qu’un cylindre de boîte à musique d’1,20m de diamètre.]

J’ai donc composé, le 10 novembre 2006, le texte ci-dessous qui parle de la sirène Mélusine ainsi que de son environnement immédiat :

La sirène de Bailleul, mythique vigie dorée

Mélusine domine la cité de cinquante deux mètres au sommet du beffroi
Elle est la fée mythique veillant les âmes et les protégeant du désarroi
Cette sirène est recouverte de feuilles dorées sur la totalité de son corps
Elle a subi un lifting pour briller à nouveau dans cette cité du Nord.

Elle n’est pas peu fière d’être au sommet du beffroi chargé d’histoire
Ce monument typique est à la fois mémoire et véritable musée miroir
Il retrace la vie de sa ville quasiment rasée durant la grande guerre
Il possède un carillon de trente cinq cloches solides comme la pierre.

La salle gothique du premier étage est classée monument historique
Elle est cœur véritable d’un musée retraçant un calvaire dramatique
La ville a été champ de ruines par les bombardements de l’artillerie
Le patrimoine que représentait la commune a été totalement détruit.

Au dessus du musée figure l’ancien mécanisme de l’horloge de la cité
Plus haut on trouve une copie de la célèbre fée girouette tant admirée
Au sommet de cet édifice trônent les grosses cloches du carillon réputé
A la pointe du beffroi fée Mélusine veille sur Bailleul la petite cité.

Ecrivainparisien

Après vous avoir parlé de sirène je ferai une petite incursion en terre sportive dans le cadre de cet article pour signaler que les supporters du club de football de Lens, dont les joueurs sont communément appelés les « sang et or », nom évoquant la couleur du maillot de leur club, sont régulièrement cités en exemple pour la qualité de leur fair-play.

Pour continuer à parler de sport il faut dire également que les plages du Nord se transforment parfois en pistes sur lesquelles on voit passer de drôles de machines, poussées par le vent : les chars à voile, sortes de bolides pouvant atteindre, voire dépasser les 60 km/h : amateurs de confort douillet s’abstenir !

Pour terminer mon rapide tour d’horizon en terre nordique je citerai, pour conclure, le nom d’un « chti » célèbre, entré dans l’histoire contemporaine depuis 1970, année de sa disparition : le général Charles de Gaulle, homme politique, né à Lille, ayant lancé, depuis Londres, un appel devenu historique, appel lancé un 18 juin et invitant les français à résister à l’ennemi. Charles de Gaulle était également écrivain.
Il est l’inventeur de ce que l’on nomme en littérature le rythme ternaire ; une suite de trois adjectifs attribués au nom qui les précède, comme par exemple « La France c’est grand, c’est beau, c’est généreux », l’une des citations du Général, qui était, parait-il, amateur de Genièvre, cela pour la petite histoire.

C’est tout ça la terre des « Chtis » et bien d’autres choses encore chers lecteurs comme cette manifestation unique se déroulant chaque année, début septembre, pendant trois jours sans interruption au cœur de la capitale régionale : Lille ; une manifestation d’envergure, couverte par la Voix du Nord, le journal régional mais aussi par les télévisions régionale et locale, entre autres médias qui l’animent et la font vivre en la racontant aux lecteurs et téléspectateurs du grand Nord : la braderie de Lille.

L’origine de cette manifestation remonte au moyen-âge, pour le moins et, durant trois jours, le cœur de la cité lilloise et les rues alentour se transforment en un gigantesque marché fait d’un incroyable vide grenier, voyant passer, au cours de ces 72 heures plus d’un million de personnes, curieux, touristes, chalands et marchands en quête de la bonne affaire. Les choses les plus invraisemblables se vendent au cours de ces trois journées non-stop dans cette caverne d’Ali-Baba géante. Les cafés et restaurants lillois restent ouverts non-stop au cours de cette manifestation unique et on sert et déguste durant ces trois jours les traditionnelles moules accompagnées de leurs inévitables et inséparables frites. Les coquilles des moules consommées sont entassées devant les restaurants et cafés participants et deviennent petites collines au bout de ces trois journées de fête. A la fin de la braderie le Comité des fêtes de Lille fait le tour des cafés et restaurants et mesure la hauteur de ces collines de coquilles. Le café ou restaurant ayant la plus haute colline est déclaré vainqueur de l’année ce qui lui fait, indirectement, une belle publicité.

Autre chose encore ! Je crois me souvenir que la ville de Lille détient le plus gros complexe de salles de cinéma de France, cela depuis au moins trente ans et il me semble que l’agglomération lilloise détient régulièrement également le record annuel de fréquentation des salles obscures. Joli palmarès pour un art qui aurait tendance à s’étioler !

Je salue amicalement, pour terminer les « Chtis », des gens sympathiques et attachants en espérant, par l’intermédiaire de cet article, avoir fait honneur à leur région que j’ai un peu connue il y a quelques années de cela.

J’espère que cet article, que j’ai eu plaisir à rédiger, vous aura intéressé et vous aura quelque peu dépaysé, l’espace d’un instant.

Ecrivainparisien

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Honneur à Gilles Milecan

Les chroniques de la place
Billet n° 1521

Honneur à Gilles Milecan

Gilles Milecan est journaliste et œuvre au sein de « La Libre Belgique ». Je ne le connais pas mais j’aimerais pouvoir le rencontrer pour lui dire, de vive voix, ce que je vais transcrire sur le « papier » ici.

Et puisqu’il est question de papier, en d’autres termes d’article journalistique, je souhaiterais féliciter chaleureusement Gilles Milecan pour la qualité de son éditorial, consacré en partie à un homme qui ne pourra malheureusement pas le lire puisqu’hier on lui a ôté la vie, quelque part au fond d’une prison géorgienne à 5 heures 08, heure de Paris.

L’article dont je parle se trouve ci-dessous et traite de la peine de mort suite à l’exécution de Troy Davis. Le fond et la forme de cet éditorial sont exemplaires et remarquables de dignité, de sobriété et démontrent, de belle manière, le sens de la mesure dont fait preuve Gilles Milecan dans son article traitant d’un sujet grave ; une manière, sans doute, de réprouver cette exécution capitale sans faire de vagues en aucune manière.

L’éditorial de Gilles Milecan, au-delà de la disparition de Troy Davis même, est un réquisitoire implacable contre la peine de mort, obligeant le lecteur à la réflexion.

Je terminerai mon article en félicitant Gilles Milecan tout comme l’a fait un commentateur en disant : « Bravo Monsieur Milecan ! Vous faites honneur à ce grand journal qu’est La Libre Belgique. »

C’est toujours un plaisir de lire un article bien écrit, sans fautes d’aucune sorte et qui « coule » tout seul. Ca devient de plus en plus rare.
Bravo Gilles Milecan, vous faites effectivement honneur à votre métier et à votre journal.

J’ai souvent remarqué , en lisant les commentaires publiés à l’issue d’un article, que leur qualité est proportionnelle à la qualité d’écriture développée par le créateur de l’article. Les commentaires ci-dessous apposés après l’éditorial de Gilles Milecan n’échappent aucunement à la règle :
Ecrivainparisien

Édito: Qu’on l’exécute !
Mis en ligne le 22/09/2011
Gilles Milecan

Il est des hommes qui jugent que leur devoir est d’ordonner la mort. Il est des hommes qui pensent apaiser leur douleur grâce au sang d’autres hommes. Il est des hommes pour qui reconnaître une erreur ou ne fût-ce qu’un doute constitue un aveu de faiblesse. Il est des hommes convaincus que la crainte d’être mis à mort pour avoir commis un crime est plus puissante que l’impulsion de le commettre.

Ils se trompent.

La peine de mort ne répare rien. Au lendemain de l’exécution de Troy Davis, la famille du policier tué en 1991 à Savannah le découvrira. Le vide ne sera pas comblé. La douleur ne sera pas épongée. La rage ne sera pas calmée. Au lendemain de l’exécution de Troy Davis, les innombrables juges qui ont, tour à tour, décidé de celle-ci ne verront pas les hésitations, qui doivent tout de même lézarder leur conscience, s’évanouir. L’absence d’arme retrouvée, l’absence d’ADN, l’absence d’aveux, les sept rétractations de témoignage, les pressions subies révélées par les témoins, la reconnaissance par le Tribunal fédéral siégeant à Savannah en 2010 d’un doute (invraisemblablement qualifié d’insuffisant pour empêcher l’exécution) rendent perplexe jusqu’aux défenseurs des exécutions légales.
La peine de mort n’empêche rien. Les chiffres de criminalité ne diffèrent pas selon les états où subsiste ce reliquat de la préhistorique loi du Talion. Pire. Violente elle-même, une société ne peut espérer éradiquer la violence.

La peine de mort ne sert à rien. Qu’on l’exécute !

Commentaires concernant l’article de Gilles Milecan :

Bravo Monsieur Milecan ! Vous faites honneur à ce grand journal qu’est La Libre Belgique.

– Je suis en total accord avec cet éditorial. Cette nuit on a assassiné Troy Davis, il n’y a pas d’autre mots. Et comme le dit bien cet éditorial rien ne peut justifier cette barbarie, même s’il était coupable.
Le sang appelle le sang.
Ne croyez pas que je sois laxiste, il faut punir sévèrement les assassins mais il y a des principes qui doivent se situer au-dessus des lois humaines : le respect de la vie est un de ces principes.
Je sais que ça n’apaisera pas la douleur de sa famille mais j’espère que sa mort servira la cause abolitionniste.
Quant à la famille de la victime je partage sa douleur mais j’aurais envie de lui demander si l’assassinat de Troy Davis va apaiser cette immense douleur.
En fait je connais la réponse.

http://www.lalibre.be/actu/international/article/686912/edito-qu-on-l-execute.html

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